Architecture de la cité interdite de Pékin

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Architecture de la cité interdite


La Cité interdite de Pékin est célèbre pour avoir été le palais impérial des dynasties Ming (1368-1644) puis Qing (1644-1911), mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle il est si intéressant à voir. Ce palais est aussi un modèle d'architecture chinoise féodale, une architecture qui a représenté le point culminant de l'art de cette civilisation, du Pacifique à l'Asie mineure. Les différents éléments qui le composent, sa symbolique, sa conception, ont été repris durant les siècles suivants.

Vue sur la cité interdite

Vue sur la cité interdite


Point de vue général

Ce monument est la plus grande construction en bois ayant survécu à l'histoire de la Chine. Entourée d'une muraille de 8m de haut et long de 3,8 Kms, la cité est protégée par un fossé de 50m de large. L'ensemble contient près de 9000 pièces disposées sur un très large espace. Quatre portes ont été percées, une par côté. Au Sud, c'est la porte du Midi, sur les côtés les portes de la gloire (orientale et occidentale), et au nord la porte de la prouesse divine. Chaque angle est doté d'une tour ouvragée. La plupart des bâtiments importants sont couverts de tuiles vernissées jaunes et blanches, les bâtiments annexes sont généralement en tuiles rouges. Leurs bases sont systématiquement des terrasses en marbre.


Symétrie axiale

Ce qui marque dans ce palais c'est la symétrie dont il fait preuve. Cette symétrie suit l'axe Nord-sud, un axe qui autrefois était celui de la vieille ville de Pékin. Le Palais de la Suprême Harmonie, la Salle de l'Harmonie du milieu et la salle de l'Harmonie Préservée (toutes dans la cour extérieure) ainsi que le Palais de la Pureté Céleste, le Pavillon de l'Union et de la paix, et le Palais de la Sérénité terrestre (dans la cour intérieure) ont été construits sur cet axe central. Mais ce ne sont pas les seuls, les autres bâtiments suivent largement cet axe. Toutefois elle n'est pas exacte, il existe de nombreuses exceptions, comme le montre plan. Ca peut paraître surprenant car il y a eu tellement de travail sur ce palais qu'on peut se demander pourquoi il ne l'est pas totalement, symétrique. Il faut chercher la réponse dans son histoire puisqu'il a été modifié régulièrement au fil du temps, déformant peu à peu l'axe central. Ce n'est pas la seule explication puisque même à sa construction il n'était déjà pas complètement symétrique. A noter que dans un autre registre, le Taj Mahal est, lui, parfaitement symétrique. Comme quoi, toutes les civilisations n'ont pas la même conception de l'exactitude quand il s'agit d'architecture.

Tous les palais de la Cité Interdite ont été construits sur la base du Livre des Changements et sur la culture confucéenne traditionnelle chinoise. "L'union de l'être humain et la nature" est l'idée principale de ce livre. Dans les noms du "Palais de la Pureté Céleste" et du "Palais de la Sérénité terrestre", on peut voir l'union du ciel et de la terre, une antagonie volontaire, bien sûr. Les portes des palais ont été construites sur la base des huit diagrammes chinois représentant l'espoir d'harmonie avec la nature. Les Anciens voulaient ainsi souligner l'équilibre entre vie terrestre et vie céleste en faisant en sorte que les deux palais soient à égales distances de l'axe central. De plus, dans le confucianisme l'empereur avait le statut d'être suprême. Pour gouverner l'ensemble de la nation ils voulurent construire une ville supérieure au sein même de la ville principale de la Chine. Un palais au-dessus de la plus grande ville, quoi... Cette construction marque donc la volonté d'élévation de l'empereur auprès du peuple.


Les côtés

Ensuite il faut savoir que la culture traditionnelle chinoise met en avant le côté gauche comme étant celui de l'amélioration, la promotion, alors que le côté droit est plutôt celui de la rétrogradation. Ainsi le temple de la Terre et des récoltes est sur la droite, tandis que le Temple ancestral impérial est sur la gauche. Symboliquement, on peut en conclure que la vie terrestre (les récoltes) a une importance moindre que le culte des ancêtres.


Les structures en bois et leurs peintures

Le matériau de base de tous les pavillons est le bois. Les poutres et les colonnes en sont les éléments les plus importants, ce sont eux qui structurent chaque édifice. Les murs, eux, ne sont que des structures auxiliaires destinées à découper l'espace en pièces distinctes. Par conséquent, les fenêtres pouvaient être modifiées facilement, en fonction des besoins. On n'hésitait pas à reconstruire un mur avec une nouvelle porte, un autre mur pouvant être remonté complètement. Le palais évoluait donc à la demande, en fonction des besoins de chaque empereur, chaque utilisateur d'un palais. Du coup les murs ne servaient plus au maintien du pavillon, ils servaient alors de support de décoration.

Mur coloré

Mur coloré

Les peintures avaient une double fonction : Utilitaire, avec l'application d'une couche protectrice du bois, et décoratrice. Les motifs sont essentiellement des dragons et des phénix. Il existe trois styles de décoration, parfaitement identifiables.

  • Les dessins impériaux : Il s'agit quasiment toujours de dragons et de phénix. Ils sont sur les bâtiments de l'axe central ainsi que sur les palais principaux de la cité interdite. Les dragons sont sensés protéger l'empereur, et il n'y a donc pas de raisons de les limiter : En tout, il y en a 12 654 ! Les phénix, eux, protègent les impératrices, ils sont représentés debout.
  • Les éléments décoratifs : Il s'agit de décorations annexes à base de motifs géométriques. On en trouve essentiellement sur les murs des pavillons annexes, les portes et les salles de moindre importance.
  • Enfin il existe un 3e style de décorations : Les motifs Suzhou. Ils sont utilisés sur les bâtiments annexes, les tours et les jardins.

La complexité des toitures

Les quatre tours d'angle de la cité interdite sont construites de façon à respecter la règle du chiffre 9. C'était une difficulté intellectuelle pour les architectes qui devaient prévoir dans chaque tour 9 poutres de bois, 18 piliers et 72 poutres de faîtage, car la somme de ces nombres donne 99, un nombre spécial dans l'imaginaire chinois. Il fallut s'arranger pour arriver à ce nombre en faisant 3 niveaux de construction :

  • Faire 8 côtés au premier étage et sur chacun faire un avant-toit retourné,
  • Reprendre le même mécanisme mais au-dessus des quatre avant-toits principaux mettre des poutres de faîtage formant un soutien triangulaire,
  • Installer quatre faîtages triangulaires et, sur chacun d'eux, y faire reposer quatre niveaux de poutres supplémentaires, et, ce, sur quatre côtés uniquement.

Voilà une belle problématique qui interesseraient inévitablement les professeurs d'architecture actuels pour pouvoir faire plancher leurs élèves !



Voir aussi :

Histoire de la cité interdite





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