La vie des eunuques dans la cité interdite de Pékin

FR EN ES

La vie des eunuques


La cité interdite est un palais gigantesque, c'est une vrai ville dans la ville, surtout à l'époque féodale durant laquelle Pékin était bien plus petit que de nos jours. Un tel palais nécessitait un grand nombre de servants, surtout que bon nombre de rituels qui nous paraîtrait de nos jours pompeux étaient courants, ce qui imposait de mettre en place un grand décorum à la moindre occasion. Ceci explique pourquoi il fallait autant de personnel pour faire tourner l'administration du palais tout comme servir l'empereur au cours de sa vie privée.


Les eunuques et les servants

Parmi les serviteurs de l'empereur il faut distinguer deux types de personnes : les servants et les eunuques. Les eunuques sont exclusivement des hommes ayant subi une opération chirurgicale d'ablation des testicules. Les servants, que l'on devraient plutôt appeler servantes, étaient quasiment exclusivement des femmes. Les eunuques avaient un rôle bien plus important que les servantes, ils étaient souvent des conseillers de l'empereur, voire même ils gouvernaient la Chine, pendant un temps de faiblesse de la famille impériale.


La vie des eunuques

L'opération chirurgicale

Etre eunuque à la cour impériale de Chine était une charge importante, et bon nombre de personnes acceptaient de subir l'opération nécessaire pour jouir des avantages liées à leurs fonctions. En fait, l'opération réussissait approximativement dans 90% des tentatives, le taux d'échec étant bas les candidats étaient nombreux. Par contre ces échecs pouvaient parfois entraîner la mort, il fallait donc prendre la décision en toute connaissance de cause. A ce sujet il faut savoir que selon les croyances chinoises une personne décédée ne peut rejoindre les Dieux que si son intégrité physique est faite. Dans le cas des eunuques ce n'était pas possible, donc pour pallier au problème il fallait que le chirurgien donne aux opérés les organes retirés et que ces derniers soient conservées sur soit, à vie. Ainsi les eunuques se déplaçaient-ils toujours avec un sac contenant leurs attributs.


Rôle politique

Initialement les eunuques n'avaient comme rôle que de s'occuper de l'impératrice et des concubines. Très rapidement ils sont devenus les servants de tous les palais, dirigeant de fait l'armée de servantes mis à la disposition de l'empereur pour qu'il effectue ses tâches quotidiennes. Les eunuques ont peu à peu pris de l'importance dans la vie de l'empereur, il faut dire que mis à part la famille royale et les quelques ministres la vie de l'empereur se résumait à ne voir que ses eunuques. Pas étonnant donc qu'ils aient pu prendre de l'importance.

C'est au XVIIe siècle que les eunuques eurent le plus de pouvoir. Entre 1644 et 1661 le trône était à l'empereur Shunzi. Ce dernier, faible, ne parvenait pas à imposer son autorité. Ils en ont donc profité pour améliorer leurs quotidiens en se mêlant, entre autre, des affaires de l'Etat. Devant cette prise de pouvoir de fait, l'empereur fini par ordonner qu'on place une enseigne en fer devant le pavillon de l'union et de la paix, dernier pavillon avant le palais de la Suprême Harmonie où se déroulait l'exercice du pouvoir. Cette enseigne interdisait l'ingérence des eunuques dans les affaires du gouvernement. D'une manière générale la dynastie Ming a été assez permissive avec les eunuques alors que la suivante, les Qing, étaient particulièrement rigides.

Mais si on ne donne pas trop d'importance à cet épisode, il faut savoir que les eunuques étaient pour les empereurs des conseillers d'importance. L'une des preuves les plus marquantes est l'utilisation de l'eunuque Wang Zhen pour la rénovation de la cité interdite. C'est sous ses ordres que fut renforcée la muraille, que les tours d'angle furent construites, que la rivière aux eaux d'or fut installées, etc. Ici, Zhen servit d'architecte.

Yongle, l'empereur qui fit construire le palais en 1406, envoya son eunuque favori, Zheng He, en mission d'exploration pour le compte de la Chine. Son objectif serait d'établir des liens avec tous les peuples qu'il pourrait rencontrer au fil de ses voyages. Dans ce cas-là, un eunuque joua le rôle d'ambassadeur.


Rôle dans la vie quotidienne

Les eunuques étaient la base du fonctionnement de la cité interdite. Donneurs d'ordre, exécutants, ils étaient organisés hiérarchiquement et s'occupaient des taches quotidiennes, surtout celles en rapport avec la vie de la famille impériale. Comme les prestations à fournir étaient nombreuses et fréquentes, ils bénéficiaient d'avantages en nature. Par exemple, les vêtements de la famille royale étaient des pièces uniques, réalisées pour une journée seulement. Ils coûtaient chers bien sûr, et une fois qu'ils avaient été portés ils pouvaient être revendus... par les eunuques, bien sûr. C'était un peu la même chose pour les divers postes nécessaires à la vie quotidienne : Nourriture, divertissements, etc.

Au quotidien la vie d'un eunuque n'était pas si simple que ça. Aisés, ils l'étaient. Responsabilisés aussi. Mais avoir autant de personnes avec des fonctions proches engendrait d'inévitables conflits, d'autant plus que pour être sûr que l'empereur jouisse d'un service, le protocole n'hésitait pas à multiplier les intervenants, chacun cherchant à tirer la couverture à lui.


Nombre et lieux de vie

Selon des textes anciens le nombre d'eunuques à la cité interdite devait atteindre 70 000 à certaines époques, mais ce chiffre semble exagéré. Durant la dynastie Qing se nombre diminua puisqu'il fut édictée une loi interdisant d'avoit plus de 2260 eunuques. Mais on peut estimer que le chiffre véritable était entre les deux. Lorsqu'arriva la chute de la dernière dynastie en 1912 il ne restait plus que 470 eunuques dans le palais. Le dernier mourrut en 1996, il s'agissait de Sun Yaoting.

Quand ils vivaient à la cité interdite les eunuques étaient, la plupart du temps, logés dans la cour intérieure, dans la partie orientale.


But de la castration

Le but de la castration n'a jamais été d'empêcher les membres du personnel de la cité interdite de faire l'amour avec les concubines, comme on peut le croire. En fait les eunuques n'ont jamais été des gardiens de la vertu féminine, ceci est une lecture judéo-chrétienne impropre à la situation orientale. Si la castration intervenait après la puberté, ce qui était le cas le plus souvent, le castrat pouvait avoir une érection. La légende raconte qu'au contraire, les eunuques étaient des amants recherchés car ne pouvant éjaculer ils pouvaient conserver l'érection plus longtemps.

Le vrai but de la castration était filial, les hommes proches des concubines, et encore plus de l'impératrice, ne devant pas avoir d'enfants illégitimes, c'est la castration qui a été mise en place comme moyen de protection. Empêchés d'avoir des enfants, les eunuques ne furent jamais tenté de renverser le pouvoir pour créer une nouvelle dynastie, par la force des choses.


La vie des servants

Les servants du palais avaient bien moins de pouvoir que les eunuques, il s'agissait des membres du peuple qui avaient le droit d'entrer dans l'enceinte du palais. Il faut savoir que lorsqu'on était à l'extérieur du palais, il était interdit ne serait-ce que de le regarder, les Chinois devaient détourner le regard quand ils passaient à proximité. Donc pouvoir y entrer était un privilège important et ces personnes-là obtenaient une grande considération vis à vis de leurs congénères.

Moins bien payé que les eunuques ils jouissaient quand même d'avantages, la plupart du temps en nature, car ils étaient l'un des maillons de la chaine qui faisait fonctionner le palais.

Sous la dynastie Ming il y avait jusqu'à 9000 servants, mais la dynastie Qing réduit ce nombre à 300 seulement, bien qu'il soit improbable que cette réduction ait pu réellement se faire.


Voir aussi :

Découvrir la cité interdite

Architecture la cité interdite







Copyright 2013 - 2019 - Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur. Ce site Internet est un site privé, non officiel, issu du travail de compilation des oeuvres de différents auteurs. Sauf mention contraire, les photos sont libres de droit. Pour distinguer les illustrations libres de droit des autres, consultez la page : Sources documentaires. Autres sites Internet du même auteur dans d'autres domaines : Marguerite Duras, Les Pyrénées Orientales. Auteur du site : Voir crédits.