Fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie

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Fouilles sous-marines


Les fouilles archéologiques sous-marines du phare d'Alexandrie se déroulent depuis les années 90, en deux campagnes annuelles de deux mois chacunes. Elles ont permis de cartographier le site sur lequel s'est effondré le phare et d'identifier certains éléments importants comme une partie de la statuaire ou la porte d'entrée du phare qui s'est brisée en plusieurs morceaux. Ce sont aussi ces fouilles qui permirent de comprendre comme le phare s'est abatue, le long de quelle ligne de secousses et dans quel ordre les pierres se sont écroulées.

Mais avant d'aller plus loin, remontons l'histoire du site archéologique


Premières tentatives d'étude du site

La première trace d'une activité archéologique sur le site de l'effondrement du phare d'Alexandrie date de la fin de XVIIe siècle, lorsque le consul de France Benoît de Maillet, de passage sur place, croit reconnaître les restes du phare dans ce qu'il appelle...

...des débris, qu’on aperçoit encore sous les eaux, lors que la mer est parfaitement calme.

Puisque ce texte est avéré on imagine bien que si le consul de France a pu apercevoir ces vestiges, c'était aussi le cas des pécheurs et commerçants qui passaient régulièrement dans le port et avaient bien dû voir la même chose. Mais l'époque n'était pas à l'exploration archéologique, et tant bien qu'elle le fut elle n'aurait pas eu les moyens d'étudier un site sous-marin.

Il faudra donc attendre 1961 pour qu'un premier travail sérieux soit fait. Il est l'oeuvre de Kamel Abul Saadat, un archéologue amateur qui fit une première étude du site qui permit d'en voir toute l'ampleur. Cette étude marqua l'administration égyptienne qui engagea des opérations de renflouement de certaines pièces de la statuaire de l'époque grace aux bâtiments de la Marine Nationale. On y sortit des eaux entre autres un colosse de granit représentant la reine Isis.

Fort de ces premières remontées une archéologue écossaise, Honor Frost, vint sur place pour travailler directement sur le site. Le rapport qu'elle remit aux autorités égyptiennes concluaient qu'il s'agissait bien des vestiges du phare d'Alexandrie et insistait sur le fait qu'il fallait faire une étude approfondie du site. Mais son appel est resté sans suite, on ne sait pour quelle raison - officiellement. Peut-être était-ce dû aux difficultés techniques, la plongée sous-marine n'étant pas, à l'époque, aussi efficace que de nos jours.


Les campagnes depuis 1994

Fouilles du phare

Fouilles du phare

Le site archéologique fut donc abandonné jusqu'en 1994. Cette année-là des fouilles sérieuses purent être lancées, fouilles qui sont repris à raison de deux campagnes de deux mois chaque année. Mais ce n'est pas une pleine volonté d'un administrateur quelconque qui permit de les lancer, ce fut plutôt un concours de circonstance : Il fallut, au début des années 90, faire des travaux sur le fort Qaitbay, qui commençait à en avoir besoin. Parmi les travaux à faire : La sauvegarde des berges par dépose sur les fonds marins de brise-lames en béton.

Bien sûr, les spécialistes de ces travaux indiquèrent aux autorités que ce n'était tout simplement pas possible vu le lit de vestiges archéologiques qui tapissait le fond à cet endroit. Ce fut le point de départ des fouilles, destinées initialement à débarasser le fond marin des blocs qui l'encombrait.

Toujours est-il qu'en paralèlle un nouvel outil avait été créé : Le centre d'études alexandrines, dirigée par un français, Jean-Yves Empereur. Ce dernier put engager les explorations, sous la direction de l'Institut français d'archéologie orientale.


Organisation des fouilles

Ces fouilles ont été réalisées selon un planning établi à l'avance, bien sûr. Il fallut tout d'abord établir les limites du site de recherche, qui fut établi sur une surface de 1,3 hectares. Puis commença la phase de cartographie. C'est un travail long qui consiste à repérer chaque bloc. Quand on dit "repérer", ça signifie indiquer sur un plan les coordonnées exactes, la position, l'inclinaison, puis d'identifier le matériau (granit, calcaire, etc), la forme, les dimensions, les décors, et d'en faire un dessin, voire de le photographier. Chaque bloc nécessite un nettoyage du bloc, ce qui est assez chronophage. En juillet 20015 il y avait 2843 blocs d'identifiés.

Puis le travail suivant consiste à établir des séries. Une série est une suite de blocs ayant un lien entre eux. Ca se fait en deux étapes, d'abord en répertoriant sur des fiches chaque bloc, ensuite en analysant leurs positions et leurs caractéristiques. Ainsi on parvient à construire des groupes de blocs qui eux même pourront se regrouper entre eux, jusqu'à la reconstitution maximale possible à atteindre.


Les groupes reconstitués

A fin 2005 le matériel étudié permettait déjà de reconstituer des groupes, le travail fait était assez impressionnant, déjà. Il y a :

  • Un obélisque de Séti Ier
  • Un sarcophage baignoire
  • Une colonne honorifique monumentale
  • Une paire de colonnes papyriformes
  • Un naos monolithique
  • Un autre naos en granite
  • Une vasque en diorite de plus de 2 mètres de diamètre
  • Plusieurs statues anthropomorphes dont deux colosses
  • Une porte monumentale de style dorique

L'étude de ces éléments prouve que le remploi était une pratique courante à l'époque, les éléments de l'Egypte ancienne était utilisés sur des bâtiments de l'époque hellénique. La porte monumentale est un exemple de l'utilité de ces travaux, puisque sa reconstitution est identique aux témoignages écrits d'observateurs, des siècles plus tard. Cette porte est intéressante puisque son architecture monolithique est un héritage des constructions antiques égyptiennes mais son décor est de style grec, ce qui est cohérent avec l'histoire puique le phare fut construit sur un territoire qui était devenu une province grecque quelques décennies avant.


Méthodes de travail

La cartographie a été mise en oeuvre à l’aide de méthodes traditionnelles telles que la triangulation, mais également grâce à des adaptations de systèmes utilisés en contexte terrestre comme le carroyage métallique ou le levé photographique à l’aide de repères marqués au sol. Nous avons aussi réalisé des levés en topographie directe à l’aide d’un tachéomètre, qui mesure les angles et les distances, et d’une bouée reliée à une gueuse manipulée sous l’eau par un plongeur. Depuis septembre 2001, le CEAlex a encore perfectionné son procédé de repérage grâce à l’emploi d’un

Un sphinx immergé

Un sphinx immergé

appareillage utilisant un système acoustique. Les mesures d’angles et de distances effectuées directement sous l’eau sont stockées dans un pointeur qui enregistre les informations qui lui sont renvoyées par une base origine du repère cartésien. Les points sont ensuite déchargés sur ordinateur grâce à une interface informatique qui restitue automatiquement le plan levé au cours de la matinée.

La succession des étapes est primordiale dans ce contexte d’immersion particulièrement agressif. En effet, ouvert au nord et à l’ouest sur la pleine mer, le site subit, après chaque période de mauvais temps, des modifications de sa configuration que seul un travail méthodique permet de démêler. Nos interventions, pourtant nécessaires à l’étude, sont parfois responsables de ces désordres, puisqu’elles perturbent la stabilité acquise face aux éléments naturels. Ce phénomène a été observé dans certaines zones particulièrement exposées du site, où l’accumulation des pièces archéologiques sur plusieurs niveaux oblige au déplacement des couches supérieures afin d’atteindre les blocs cachés. À d’autres endroits, les désordres sont causés par l’effondrement de parties en surplomb des plateaux où reposent les pièces antiques ; cela donne une idée des changements que le relief a subis depuis l’Antiquité.

Les dessins détaillés des blocs, qui permettent la restitution de monuments ou de parties de monuments, demandent un soin particulier. En amont de ce travail, comme pour les exercices de croquis ou de moulage des inscriptions et des décors, il y a un nettoyage minutieux du bloc. Sous l’eau, les pierres sont recouvertes d’une concrétion animale et végétale de plusieurs centimètres d’épaisseur, qu’il faut retirer à l’aide d’un grattoir métallique afin d’atteindre la surface à observer. Le temps passé sur les dessins est en outre augmenté par une visibilité d’ordinaire mauvaise en raison de la pollution, par une mer souvent agitée et par un accès difficile à toutes les faces d’un bloc, ce qui nécessite des procédures de levage.

Note : Ce paragraphe est une reprise du livre de J.-Y. Empereur, Alexandrie redécouverte, Stock, 1998.



Voir aussi :

Tout sur le phare d'Alexandrie

Les 7 merveilles du monde





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