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Histoire du Christ rédempteur


Le site du Corcovado

C'est au XVIe siècle que commence l'histoire du Christ rédempteur de Rio. A cette époque les Portugais, qui dominaient le territoire brésilien, donnèrent le nom de "pinacle de la tentation" à une étrange montagne située près de la côte Atlantique, à Rio de Janeiro. Ce nom est une référence qui se trouve dans la Bible. Un siècle plus tard cette montagne sera rebaptisée Corcovado, un nom dérivant du mot "Bosse" qui lui a été donné de part sa forme générale similaire au dos d'un bossu.

Entouré d'une forêt dense et avec un relief escarpé, cette montagne n'était pas accessible. Il faudra attendre 1824 pour qu'un chemin soit ouvert pour se rendre à son sommet, chemin qui sera élargi rapidement en route.


Le premier projet, abandonné

Mais l'idée de la construction d'un monument religion à son sommet date de bien plus tard, en 1859. Cette année là arriva sur place le père Pedro Maria Boss, un lazariste. Il fut subjugué par la beauté du site et décida de rencontrer la reine du Brésil Isabelle pour lui demander les fonds nécessaires à la construction de ce monument. La rencontre eut effectivement lieu cette année là, mais elle fut sans suite. Le projet a été abandonné et l'idée perdue.


La ligne de chemin de fer

La ligne du chemin de fer au début du XXe siècle

La ligne du chemin de fer au début du XXe siècle

Mais le Corcovado, désormais accessible, attirait du monde. Une voie de chemin de fer fut décidée dans les années 1880, construite dans la foulée et inaugurée le 9 octobre 1884. Au départ de la gare de Cosme Velho, la ligne mesurait (et mesure toujours, d'ailleurs) 3824m et grimpe au sommet du Corcovado en une série de lacets et une vingtaine de minutes. C'est l'empereur Pierre II du Brésil lui-même qui l'inaugura. Pierre II du Brésil sera vu quelques années plus tard lors de l'inauguration de la tour Eiffel.

Ce chemin de fer n'était pas seulement un défi technique, il était aussi un défi symbolique dans la mesure où le Corcovado n'était qu'un sommet sans rien de spécial à l'époque, ce chemin de fer n'avait pas d'autre but que d'être à vocation touristique. Développer le tourisme alors qu'on était à la fin du XIXe siècle, c'était vraiment une idée novatrice, les forces économiques d'un pays étant, à cette époque, plutôt tournées vers l'industrie lourde ou l'agriculture.


Les raisons de la construction du Christ rédempteur

Or quelques années plus tard, en 1922, le Brésil allait fêter son centenaire. Il faut savoir qu'à cette époque il était très fréquent de fêter les anniversaires d'indépendance en édifiant une statue, un monument, la plupart du temps qui ont traversés le temps. Par exemple, la statue de la Liberté, à New-York, a été offerte aux Etats-Unis par la France pour le centenaire de son indépendance. De même la tour Eiffel, à Paris, a été construite pour l'exposition universelle de 1889, année du centenaire de l'indépendance de la france.

Le Brésil souhaitait donc avoir son monument commémorant le centenaire de l'indépendance. L'année précédente, en 1921, un projet fut donc décidé, et le Brésil étant un pays religieux, il accepta la proposition de l'Eglise d'ériger une statue en bronze au sommet du Pain de Sucre. Mais cette décision fut discutée, elle ne convenait pas à tout le monde car avant même que la république du Brésil soit officielle la séparation de l'Eglise et de l'Etat était un fait déjà établi. Il était donc étonnant que le Brésil, pays laïc par essence, approuve un projet purement religieux, mais c'est tout simplement la force de l'Eglise que d'être parvenu à ses fins. Deux autres sites furent choisis : Le Corcovado et le Santo Antonio. C'est le Corcovado qui fut choisi car il était plus haut, tout simplement.

En savoir plus sur les origines de la statue.


Lancement laborieux du projet

Dessin initial

Dessin initial

Un appel à concurrence est lancé et en 1923 le lauréat est informé qu'il a été choisi en septembre de cette année. Il s'agit du projet de l'ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa, ce dernier étant une personnalité de l'époque. Ce projet était celui d'une statue gigantesque du Christ portant une croix qu'il serrait contre son corps avec l'aide de sa main, son autre main tenant un globe céleste. Il fit des dessins et lança le projet de la construction, estimant coût, temps, et surtout méthode de construction. Malheureusement le projet ne démarra jamais vraiment, à la fois à cause du financement qui avait du mal à arriver et aux contraintes techniques insolubles. La première pierre fut quand même posée, mais par principe.


Le financement et le coût

Le financement fut difficile à trouver, il a été assuré par une collecte caritative faite au nom de l'Eglise auprès des paroissiens (essentiellement), mais cette levée de fond eut du mal à progresser. L'Eglise dut assurer un rôle important dans la prise de conscience des catholiques pour que l'argent récolté puisse correspondre au montant total du projet. A noter que la campagne fut nationale, pas internationale.

Le financement fut donc obtenu à partir de la générosité publique. Elle fut un brin forcé par de nombreux évènements organisés, dont la "Semaine du monument", du 2 au 9 Septembre 1923. Cette semaine servit de support à de grandes collectes nationales. Le cardinal Leme, promoteur infatigable du projet, fit passer aux vicaires des consignes pour qu’ils s’adressent à la population la plus large possible.

Il est nécessaire de faire appel à tous les budgets et ne pas se contenter des classes habituellement généreuse de notre peuple.

Ils devaient ainsi solliciter les contributeurs à faire un don supérieur à dix mille reis. Mais à la fin de la semaine seulement la moitié de l'argent avait été recueilli, il fallut donc faire une nouvelle campagne.

Le coût de la construction a été chiffré à $250 000, mais ça reste une approximation, nous n'avons pas le détail de tous les coûts, qu'ils soient des achats de matériaux ou de service, comme les études sur la forme générale, ou même de la main d'oeuvre, forcément assez conséquente. Certaines personnes ont estimé la correspondance de ce coût si le Christ rédempteur avait été construit de nos jours : Il est de 3,2 millions de dollars, ce qui est sommes toute assez faible pour un monument de cette taille.


La refonte du projet

Le chantier commenca le 4 avril 1922, avec la pose de la première pierre, mais ce ne fut qu'un lancement symbolique puisque les deux années suivantes furent consacrées à l'amélioration de la statue, au choix de la structure et des matériaux. Ainsi ce n'est qu'en 1926 que les travaux débutèrent, mais ils n'allèrent pas très vite. Des modèles en bois furent construits, de taille variées, pour pouvoir travailler.

En 1928 eut lieu un évènement important, la refonte d'une partie du projet. En effet, certaines personnes trouvèrent la forme de la statue peu adaptée, se moquant même de cette croix et surtout du globe céleste qui les firent surnommer l'oeuvre "Le Christ au ballon" (Ce qui, cent ans plus tard et au pays du football, n'aurait pas manqué de sel). Toujours est-il qu'il dut revoir son projet.

Il se mit alors à mieux étudier le Corcovado et surtout le point de vue à partir de la ville, point de vue duquel se dressait une antenne de télécommunication érigée par Westinghouse. Il choisit donc une nouvelle forme, proposée par l'artiste Carlos Oswald : le Christ serait lui-même la croix, ses bras tendus signifiant la rédemption de l'humanité à la crucifixion. Mais le nouveau design a introduit de nouveaux défis. Da Silva Costa avait déjà conclu que la structure aurait besoin d'être énorme pour être visible depuis le centre-ville (4 km, quand même) Elle aurait aussi dû être particulièrement solide pour soutenir les bras massifs. Da Silva Costa décida donc que le béton armé, "le matériau de l'avenir" comme il le pressentait, serait le matériau à utiliser pour sa statue.

Le problème, c'est que ce nouveau matériau nécessitait des connaissances particulières. Ils se rendit donc en Europe où il savait pouvoir les trouver. C'est là bas qu'il rencontre Antoine Bourdelle, qui avait travaillé avec Rodin et qui fut l'un de ceux approché pour faire un modèle une échelle de 4m de haut à partir de dessins d'Oswald. Mais ça n'abouti pas avec lui, et finalement c'est le sculpteur français Paul Landowski, d'origine polonaise, qui fut choisi comme responsable de la construction du monument. Celui-ci demanda à Gheorghe Leonida, un sculpteur roumain, de s'occuper du visage du Christ, une opération délicate, mais sinon le partage des taches étaient simples : Silva Costa était le concepteur de la statue, Carlos Oswald le dessinateur, Paul Landowski le sculpteur, aidé de Gheorghe Leonida. Mais il restait un problème à résoudre : On ne savait toujours pas comment faire une architecture de béton aussi imposante, il manquait donc un maillon dans la chaîne.

Silva Costa demanda à Albert Caquot, un ingénieur français, de prendre le rôle du concepteur de l'architecture interne. C'est lui qui fera la partie béton, de même que tous les calculs qui vont avec.


La construction

Construction de la statue au Corcovado

Construction de la statue au Corcovado

Enfin une équipe de spécialistes était formée, on allait pouvoir avancer. Tout d'abord Paul Landowski modifia les dessins d'Oswald. Il épura la tête et les mains selon un style moderne pour l'époque, très épuré. Puis il fabriqua la tête en argile, en taille réelle, puis une main. Ce travail, fait à Paris, fut envoyer par bateau à Rio. Réceptionné sur place le travail consista à reproduire en béton ces modèles d'argile, ce qui pris un certain temps. En paralèlle le sommet du Corcovado accueillit le socle de la statue et une armature en acier était déjà en place. Mais le choix du revêtement n'était toujours pas définitif.


Quelques photos historiques


Modèle de 4m

Modèle de 4m

La main terminée

La main terminée

Le visage

Le visage


Le plan de la statue

Le plan de la statue

Le plan du socle

Le plan du socle

Site de construction

Site de construction


Le choix du revêtement : La stéatite

Le matériau de l'enveloppe de la statue fut discuté. Du bronze initial, le concepteur de la statue ne savait vers quoi se diriger.

Nous marchions vers l'échec artistique inévitable, sans être en mesure de revenir en arrière, écrivait Silva Costa

Cette petite phrase en dit long sur le fait qu'il ignorait comment finir sa statue, avec quelle matière. L'inspiration lui est venue dans une arcade qui avait récemment ouvert sur les Champs-Elysées, où, après le travail, un soir, il a vu une fontaine couverte d'une mosaïque argentée. "En voyant la façon dont les petits carreaux couvraient tous les profils incurvés de la fontaine, je fus bientôt pris par l'idée de les utiliser" a écrit Da Silva Costa. "Passer de l'idée à la réalisation a pris moins de 24 heures. Le lendemain matin, je suis allé à un atelier de céramique où je fis les premiers échantillons".

Le choix s'orienta sur la stéatite qui a pour caractéristique d'être très peu soumise aux variations de température tout en restant une roche tendre. Cette pierre a été concassée en morceaux qui furent polis avant d'être appliquée en parement sur toutes les parties de la statue, formant une gigantesque mosaïque. Si l'on en croit Heitor da Silva Costa, le concepteur, c'était la première fois que l'on appliquait la technique de la mosaïque à une statue monumentale. On veut bien le croire.

Le choix de la stéatite lui est venu en partie parce qu'il avait été précédemment utilisé par le sculpteur du XVIIIe siècle Aleijadinho, dit l'infirme, dans l'état brésilien de Minas Gerais, au nord de Rio. Après avoir perdu ses doigts suite à une maladie, Aleijadinho a miraculeusement continué à sculpter des statues ornées à l'aide d'un marteau et d'un burin lié à ce qui restait de ses mains. Que ceux-ci étaient encore en bon état de 120 ans plus tard, de l'avis de Heitor da Silva Costa, a témoigné de la durabilité de la pierre.

En savoir plus sur la construction de la statue.


L'inauguration

L'inauguration de la statue eut lieu le 12 octobre 1931, sous la houlette du chef du gouvernement provisoire, Getúlio Vargas et cardinal Dom Sebastião Leme qui prononça le discours de consécration. Ce dernier fut une éloge à l'Eglise catholique etmit en avant la volonté d'évangélisation du peuple brésilien ainsi que d'accroitre le nombre de catholiques dans le pays. On entendit la phrase suivante :

Que cette image sacrée soit le symbole de votre lieu de vie, de votre protection, de votre prédilection, de votre bénédiction qui rayonne sur le Brésil et les Brésiliens.

Durant la cérémonie 500 prêtres officiaient. Il fut demandé la béatification du petit français Guy de Fontgalland, 11 ans, mort en 1925.


L'illumination

L'inauguration du monument fut l'occasion de faire une expérience qui mêlait sciences et progrès. C'est le journaliste Francisco de Assis Chateaubriand qui la proposa. Elle consistait à lancer l'illumination de la tout nouvelle statue du Christ rédempteur depuis Naples, en Italie. Le principe était simple. Le scientifique italien Guglielmo Marconi déclencha l'illumination en envoyant un signal radio de Naples qui fut réceptionné à Dorchester en Angleterre. Cette station devait le renvoyer vers Rio, où une station de réception était prévue dans le quartier Jacarepaguá.

Hélas quand l'opération fut exécutée le mauvais temps empécha la transmission du signal qui n'arriva jamais. L'illumination fut déclenchée manuellement à partir du monument.

En savoir plus sur l'inauguration de la statue.


Rénovations et modifications diverses

Les premières modifications eurent lieu dès l'année suivant son inauguration, en 1932. Il a fallut changer le système d'éclairage. Il le sera une seconde fois en l'an 2000.

En 1980 la statue a été rénovée suite à la visite du pape Jean-Paul II sur place. En 1990, une autre restauration eut lieu.

Le site fut aménagé à nouveau en 2003 avec, entre autre, la pose d'un escalier automatique, pour le rendre plus accessible. Un ascenseur panoramique est également installé. Pour rendre compatible ce site touristique avec les impératifs écologiques aucun appareil mécanique n'utilise de lubrifiant. Cette contrainte importante a été respecté avec difficulté, mais on est bien là dans la preuve qu'avec de la volonté, la technique suit. Sachez que les escalators et les ascenseurs sont de fabrication française, et qu'ils évitent d'avoir à monter un escalier de 220 marches.

Enfin en 2010 d'autres travaux furent réalisés sur la statue. Ils eurent lieu sous la férule de Marcia Braga, architecte. Sa principale difficulté, à cette époque, fut de trouver des pierres identiques à celles utilisées 85 ans plus tôt. En effet, dans le processus de remplacement de 60 000 petits carreaux qui la recouvre, elle a dû rejeter 80% de ceux fournis par la carrière où elle était sensée s'approvisionner. A ce sujet il faut savoir que les travaux de rénovation précédents ont modifié (légèrement) la teinte de la statue puisque la carrière ayant servi à l'approvisionnement en pierres est désormais épuisée. Il a donc fallut trouver une autre carrière dont la pierre avait une similitude, mais les travaux précédents n'avaient pas forcément été fait avec autant de rigueur que ce qui est fait actuellement, et du coup l'utilisation de pierres un peu différentes a donné des couleurs différentes en fonction des endroits où elles furent appliquées.

Les orteils du Christ rédempteur de Rio

Les orteils du Christ rédempteur de Rio

Pour faire face à ce problème on a envisagé de remplacer d'un coup les 6 millions de pierre formant la mosaïque, ce qui provoquerait le changement de couleur de l'ensemble de la statue. C'est une solution plus acceptable que celle qui consistait à ne changer qu'un faible pourcentage des pierres, car dans ce cas la statue aurait pris des teintes différentes en fonction des parties remplacées. Mais ça pas été accepté, et la rénovation s'est faite sur la base de pierre totalement identiques aux pierres d'origine, nécessitant donc une plus grande quantité de matériau que ce qui était prévu initialement.

L'idée est de faire quelque chose d'aussi proche de l'original que possible parce que lorsque vous utilisez des couleurs différentes, l'esthétique est altérée

Cette rénovation de 2010 coûta 3,5 millions de dollars. Elle fut financée par Vale (Companhia Vale do Rio Doce), une grosse entreprise minière du Brésil qui s’est engagée à protéger et maintenir en état la célèbre statue et le site du Corcovado jusqu'en 2015. Mais une partie du financement est aussi arrivé du peuple, avec la vente de broches dorées représentant le Christ rédempteur vendues au prix de 7 reals (4,3 dollars) dans les 252 paroisses de l'archevêché de Rio.

La prochaine rénovation est connue, elle aura lieu en 2020, soit 10 ans après. Comme aucune décision n'a encore été prise sur la quantité de pierre qu'il faudra remplacer, mais par contre on sait déjà que les prochaines pierres seront dans une teinte d'un vert un peu plus profond que celles utilisées actuellement, a expliqué le porte-parole de l'Institut national du patrimoine historique et artistique du Brésil.

Il faut savoir que la statue est régulièrement touchée par la foudre, ce qui l'abime quasiment à chaque fois. Elle est donc réparée, systématiquement, ce qui lui donne l'air d'être en travaux pendant de grandes périodes.


Controverses

Si le fait de proposer une statue religieuse sur le Corcovado, si visible de Rio, n'a pas vraiment eu d'impact négatif sur la population locale, le fait qu'il s'agisse d'une installation catholique a provoqué quelques remous dans les communautés religieuses de la région. Dès l'initiation du projet, en 1923, les premières protestations se firent jour, en particulier des organisations protestantes (sans mauvais jeu de mots)

Mais ce sentiment d'évangélisation forcé qui provoquait la statue du Christ rédempteur a rapidement disparu face à la beauté de l'oeuvre et la portée universelle du message qu'elle véhicule.

En savoir plus sur les controverses.


Voir aussi :

Description de la statue.

Symboles de la statue.







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