Rome à la fin du Ier siècle

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Rome lors de la construction du Colisée


Rome, capitale de l'Empire romain, était une mégapole bien particulière jusqu'au début du IIe siècle. Sale, boueuse, bruyante, elle était aussi un vrai dédale de petites ruelles bondées à toute heure du jour et de la nuit. C'est au cours du IIe siècle que la ville se parera d'un grand nombre de monuments, l'aérant grandement. La construction du Colisée, qui suivait la destruction de la Domus Aura, fut l'un des points de départ de l'aménagement urbanistique de la Rome antique.


Rome avant la construction du Colisée

Vers le milieu du Ier siècle la configuration de Rome n'était pas tellement différente de celle qu'elle avait à l'époque de sa construction. Elle était initialement centrée autour d'une vaste place servant aux manoeuvres militaires, le fameux champs-de-Mars, et ses rues étaient étroites, sinueuses, sans organisations particulières. La vie sur place était difficile à cause du bruit et du mouvement perpétuel de la population et des marchandises qui y étaient véhiculées. Assez rapidement le Champs-de-Mars fut urbanisé, les opérations militaires étant déplacées à l'extérieur des murs. On y construisit un centre-ville de grande ampleur destiné à être en adéquation avec la puissance de l'Empire romain. Puis les empereurs Julien et Claudien rasèrent quelques bâtiments pour édifier des monuments commémoratifs à la gloire des batailles gagnées par des généraux, ce qui aéra la ville, mais assez peu.

Au milieu du Ier siècle la ville était donc plutôt désagréable, mal organisée, peu pratique. Arriva alors le règne de Néron, qui fut le premier à revoir la conception de Rome. A cette époque, Rome était divisé en 14 zones géographiques.


Milieu du Ier siècle : Les premières transformations

En 54 après JC Néron prit le pouvoir sur l'Empire romain. Ce dirigeant est connu de nos jours pour avoir eu un règne cahotique durant lequel il fit faire de nombreuses exactions. Il reste dans l'histoire comme un dictateur particulièrement dur. Au cours de son règne un incendie se déclara dans la ville, en 64. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait, c'était même assez fréquent. Il faut dire que les bâtiments étaient faits en pierre et en bois, l'aménagement intérieur utilisait beaucoup le tissu, les étoffes. Tout ce combustible prenait feu rapidement lorsque les lampes à huile étaient utilisées, le soir. La plupart du temps les incendies étaient maîtrisés à temps, mais parfois non, et dans ce cas c'est une bonne partie de la ville qui disparaissait. D'ailleurs le Colisée subit plusieurs incendies au fil de son histoire.

Profitant de la destruction d'une grande partie de la ville (10 des 14 zones), Néron décida que le centre historique sera désormais sa propriété privée et fit raser un grand secteur pour se faire construire un palais monumental, la "Domus Aurea". Il s'agissait de la zone allant du Palatin à l'Esquilin. Cette demeure était composée d'un palais, un grand parc, un arc de triomphe, et une pièce d'eau, plus bien sûr plusieurs bâtiments annexes. La Domus Aurea faisait partie d'un plan urbanistique réfléchi qui remettait en cause la conception pécédente de la ville, irréfléchie.

Cette ville nouvelle fut conçue autour de régions bien pensées, géographiquement parlant. Elles disposaient de larges rues desservant des rues plus petites, ce qui a bien fluidifié le traffic marchand et la circulation de la population. Les nouveaux immeubles avaient des cours intérieures et une hauteur maximale de 25m. Ces nouvelles règles permirent à la ville d'être mieux conçue, mais elle restait une ville surpeuplée et dangereusement à la merci des flammes.


Fin du Ier siècle : Aménagement de Vespasien

Lorsque Vespasien prit le pouvoir sur l'Empire romain il décida de détruire l'héritage de Néron, considéré comme un dictateur féroce. L'architecture allait l'y aider.

Vespasien décida de détruire la Domus Aurea, symbole de la dictature, et de la remplacer par un théâtre digne de la capitale de l'Empire. C'était une décision purement politique car le théâtre était un haut-lieu populaire, un endroit où la population se réunissait quasiment tous les jours pour se divertir. Par ce remplacement, il offrait à la population ce qui avait été pris par son prédécesseur : le centre de Rome. Ainsi fut construit le Colisée, dont l'histoire est décrit ici.

Les fils de Vespasien qui prirent les rènes de l'Empire l'un après l'autre poursuivirent la rénovation de Rome mais sans grande ambition, il n'y eut pas de grandes modifications de son urbanisme sous leurs règnes. Titus accorda la construction de thermes dans les quartiers de Quirinal et de Subure, deux quartiers très peuplés. C'était un geste, un de plus, en faveur de la population.


IIe siècle : Les grandes transformations

A partir de la fin du Ier siècle Rome subit une succession d'incendies qui ravagea certains quartiers. Le colisée fut touché à plusieurs reprises et il fallut faire des travaux très onéreux pour, à chaque fois, le restaurer. Mais Rome n'est pas le Colisée, et c'est bien plusieurs monuments emblématiques qui furent détruits à cette époque. En 80, le Champs-de-Mars est détruit, de même que l'amphithéâtre de Statilius Taurus et les thermes de Néron et d'Agrippa. En 86 c'est le panthéon d'Agrippa qui fut la proie des flammes, il disparut définitivement cette annèe-là. Les incendies se poursuivirent à intervalle régulier jusqu'à la chute de l'Empire romain, au Ve siècle, preuve que le problème ne fut jamais réglé. Toutefois à chaque fois ils permirent le réaménagement d'une partie de la ville, une chose qui n'était pas faite durant les années pré-Néron.

Sous les Flaviens, les Ulpii et les Antonins furent construits :

  • Le Colisée, lieu populaire si il en est,
  • Le forum de Trajan, en plein coeur de la ville,
  • La route liant les forums aux champs-de-Mars,
  • De nombreux bâtiments publics,
  • Des monuments commémoratifs.

Les travaux engendraient de nombreux problèmes. Mis à part le bruit, l'acheminement des matériaux saturaient les voies menant aux chantiers, ce qui provoquaient des problèmes de circulation. Les chantiers étaient aussi des dangers pour les passants, sans compter que la faible durée des travaux d'un bâtiment, si elle permettait de limiter l'impact de ces travaux dans le temps, obligeait la population habitant sur place à s'organiser rapidement pour ne pas subir ces travaux. C'était le cas, en particulier, des commerçants. De plus certains chantiers nécessitaient des arasements importants du terrain. Ainsi la construction du forum de Trajan obligea les constructeurs à araser une colline complète, colline qui servit à combler la pièce d'eau de la Domus Aurea de Néron, puis de remonter le terrain à un niveau acceptable pour la construction du Colisée.


Origine des fonds

Si le IIe siècle fut celui de l'architecture, à Rome, il faut bien se poser la question de l'origine des fonds qui permettaient de couvrir la ville de monuments et autres bâtiments publics. En fait c'est assez simple, c'est tout simplement de l'argent des butins de guerre. Si cette période a été assez calme, militairement parlant, c'est aussi parce qu'un grand nombre de conquêtes avaient déjà été faites précédemment. Les peuples soumis durent payer des tributs à l'Empire romain, la plupart de l'argent allant à l'entretien des 30 légions romaines qui assuraient le calme et la protection des frontières. Seule une toute petite partie de cet argent partait dans l'administration de l'Empire, et sur cette partie, une part non négligeable était dédiée à la construction dans Rome. Vraiment pas négigeable, puisque sur les 75 millions de sesterces pour administrer l'Empire, entre 20 et 60 étaient utilisés pour ces constructions. C'est énorme !


La situation de Rome à la fin du IIe siècle

Vers la fin du IIe siècle Rome était une ville déjà très ancienne, mais à la conception pratique. Elle était divisée en différentes zones géographiques à la population homogène. Le quartier de l'Aventin était l'un des plus aristocratiques. Les maisons populaires furent peu à peu rasées, remplacées par des demeures plus huppées. On y trouvait celle d'Hadrien et celle de Trajan, avant qu'elles ne soient transferées sur le Palatin. Le quartier du Quirinal était à l'inverse populaire. Les animaux y étaient nombreux, se perdant dans un dédale de ruelles tortueuses. Le quartier de Subure était connu pour être celui des prostituées, il était plutôt dangereux.

Lorqu'on était une personne peu argentée à Rome on vivait dans ces quartiers populaires. La vie n'y était pas agréable, contrairement à ce qu'on pourrait croire. Le bruit était permanent : La nuit, les boulangers empêchaient les habitants de dormir, le matin c'était les livraisons, la journée des activités diurnes. Les rues étaient sales - le système d'égoût n'existait pas, à Rome, en ce temps là - et souvent boueuses, la faute aux défauts des palets, aux cours non pavées et aux multiples animaux qui apportaient terre et saleté à l'intérieur de la ville. Juvénal, le poète romain à l'origine de la locution bien connue Panem et Circenses ("Du pain et des jeux"), écrit ceci :

Quelle misérable solitude ne te semble préférable aux mille dangers de cette ville sauvage ?

Il faut dire que Juvénal n'était pas tendre avec le pouvoir en place.


Conclusion

Le lecteur occidental d'ouvrages sur Rome peut avoir l'impression, dans les récits qui sont faits, que la ville était une splendeur architecturale où la vie était particulièrement agréable. En fait il n'en est rien. La ville était effectivement couverte de monuments, mais pour y vivre au quotidien elle n'était pas très différente des autres villes antiques : Sale, bruyante, étroite. Les conditions de vie y étaient difficiles, à l'exception de ceux qui avaient les moyens de vivre dans les bons quartiers.



Voir aussi :

Description du Colisée

Histoire du Colisée





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