Biographie de Louis-Jacques Thénard, chimiste

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Louis-Jacques Thénard


Louis-Jacques Thénard

Louis-Jacques Thénard

Biographie

Louis-Jacques Thénard est l'un des 72 savants dont le nom est inscrit sur le premier étage de la tour Eiffel. Il est le 18e, sur la face tournée vers l'Est.

Louis-Jacques Thenard, chimiste, est né au bourg de La Louptière, près Nogent-sur-Seine, aujourd'hui dans le département de l'Aube, le 4 mai 1777. Il est mort à Paris le 21 juin 1857. Simple fils de paysan, sans aucun bien, il vint de bonne heure dans la capitale dans le seul but de s'instruire et de tâcher d'acquérir le titre de docteur en médecine. Il était accompagné de deux de ses amis qui voulaient devenir pharmaciens. Ils réunirent leurs modestes économies et se logèrent tous les trois dans une mansarde du quartier Latin, en demandant à la femme d'un porteur d'eau qui habitait la maison de prendre leur argent et de les faire vivre pendant un certain temps. Le calcul fait, les ressources se réduisaient à 48 sous par jour. La mère Bateau était un brave cœur, mais elle exigeait de ses hôtes une sévère exactitude ; quand elle avait desservi, il fallait attendre au lendemain ou s'adresser ailleurs, "Quelques jours de rude abstinence qu'elle me força à subir, raconte Thenard, me firent contracter une habitude de ponctualité dont je ne me suis jamais départi, ainsi qu'un grand désir de soulager ceux qui peuvent souffrir de la faim." Plus tard, lorsqu'il fut devenu très riche par ses découvertes et son mariage avec la petite-fille de Conté, le grand industriel, il fonda la Société des Amis des Sciences, qu'il dota généreusement, pour venir en aide aux enfants des savants morts dans la pauvreté.

Admis par Vauquelin, comme aide de laboratoire, Thenard s'attira peu à peu l'amitié de l'illustre chimiste par la facilité de son caractère et la sagacité de son esprit. Grâce a sa position, il entra comme répétiteur du cours de chimie à l'Ecole polytechnique, et, quelques années plus tard, il devait y remplacer son maître comme professeur.

Les premiers travaux de Thenard datent de 1799. Un jour, Chaptal, ministre de l'intérieur, le fit appeler dans son cabinet et lui dit sans aucun préambule : "Le bleu d'outre-mer nous manque. C'est un produit rare et cher et la Manufacture de Sèvres a besoin d'un bleu qui (1777 — 1857) résiste au grand feu. Voici 1 500 francs, va me découvrir un bleu remplissant les conditions que je t'indique. — Mais, dit Thenard, je,.. — Je n'ai pas de temps à perdre, reprend Chaptal, va-t-en et rapporte-moi mon bleu au plus vite." Un mois après, Thenard avait résolu le problème. Sa fortune grandit alors rapidement. Il devint successivement professeur au Collège de France, membre du Comité consultatif des Arts et Manufactures, membre de l'Institut en remplacement de Fourcroy (1810), membre de la Légion d'honneur (1815), vice-président du Conseil supérieur de l'instruction publique, président de la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale, doyen de la Faculté des Sciences, député, pair de France, chancelier de l'Université, etc.

En 1825, le roi Charles X le fit baron pour le récompenser des leçons de chimie qu'il avait données au duc d'Angoulême, bien plus que pour cette fameuse phrase qu'il avait laissé échapper, plutôt par 1'effet de sa candeur naturelle que par un excès de flatterie : "Monseigneur, voici deux gaz qui vont avoir l'honneur de se combiner devant Votre Altesse Royale."

Le passage de Mercure sur le Soleil, en mai 1753, avait été observé au château de Bellevue par les astronomes de Louis XV. Suivant le langage du temps, l'astre eut l'honneur de passer devant le Roi de France.

La répétition inconsciente de cette boutade naïve, par Thenard, soixante-douze ans plus tard, fut mise, par erreur, sur le compte de Gay-Lussac, par M. de Cormenin. Elle ne lui appartient pas. Non seulement nous avons comme preuves à l'appui le témoignage verbal par Arago, mais encore une lettre que nous a adressée personnellement, le 8 février 1890, de Saint-Léonard (Haute-Vienne), le fils unique de l'illustre chimiste, M. Louis Gay-Lussac. De plus, c'est à l'Ecole polytechnique, au cours de chimie de Thenard, où le jeune prince avait été conduit à l'improviste par son précepteur, que cette adulation extra-scientifique fut formulée par Thenard dans son embarras. Gay-Lussac avait un caractère froid, réservé ; il était toujours maître de lui-même et ne commit jamais quelques-uns de ces impairs dont Thenard était coutumier, à cause de sa timidité native. C'est ainsi que la première fois qu'il professa, il prit la fuite au milieu de sa leçon, en apercevant Fourcroy et Vauquelin qui étaient venus l'écouter, et, trente années plus tard, il se mit à balbutier en pleine Sorbonne, en voyant Berzélius parmi son auditoire, a Messieurs, excusez mon trouble, dit-il, mais vous le comprendrez en apprenant que M. Berzélius est parmi vous." Des applaudissements éclatèrent et le grand chimiste suédois fut forcé d'aller s'asseoir à la place d'honneur, près du professeur qui avait ainsi dénoncé sa présence.

Les découvertes de Thénard, les plus importantes se rapportent au bleu qui porta son nom, à l'eau oxygénée, au bore, à la préparation en grand du potassium et du sodium par des réactions purement chimiques, à la fabrication de la céruse, à l'épuration des huiles d'éclairage, etc. Thenard s'est efforcé de multiplier les applications industrielles de la chimie et de les étendre aux beaux-arts. C'est ainsi qu'il a fourni aux peintres une belle couleur bleue minérale à base de cobalt, un mastic hydrofuge pour la peinture à fresque. Son Traité élémentaire de chimie théorique et pratique, dont la première édition date de 1813, a régné dans les écoles jusqu en 1860. On peut dire que presque toute l'Europe, pendant cinquante ans, a appris la chimie par le livre de Thenard.

Thenard a laissé un fils, Paul Thenard, qui s'est illustré dans la chimie agricole et qui est mort en 1884, membre de l'Académie des Sciences. M. Arnould Thénard, petit-fils du grand Thénard, continue les illustres traditions de ses ancêtres. Il a fait, notamment, des recherches remarquables sur l'action de l'électricité en effluve, pour produire la synthèse du protocarbure ou gaz des marais.

La ville de Sens a élevé le 31 juillet 1861, une statue à Thenard, due au sculpteur Droz, et la ville de Paris a donné son nom à une de ses rues de la rive gauche de la Seine, en face du Collège de France. Le portrait a été exécuté d'après une gravure de G. Ballot, prise sur nature en 1845.



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