Biographie de Jean-Augustin Barral, agronome et chimiste, physicien

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Jean-Augustin Barral


Jean-Augustin Barral

Jean-Augustin Barral

Biographie

Jean-Augustin Barral est l'un des 72 savants dont le nom est inscrit sur le premier étage de la tour Eiffel. Il est le 7e, sur la face tournée vers l'Ouest.


Jean-Augustin Barral, agronome, chimiste, physicien, est né à Metz, chef-lieu de la Moselle, ancien département français, le 31 janvier 1819; il est mort à Fontenay-sous-Bois, près Paris, le 10 septembre 1884. Il était le fils unique d'un ancien militaire, né en Savoie, qui fit les campagnes de Napoléon, fut officier d'ordonnance du général Junot, pendant les guerres d'Espagne et de Portugal, et qui avait donné sa démission après Waterloo, pour se retirer dans la capitale de la Lorraine, afin d'y vivre dans la retraite avec sa modeste pension de lieutenant et de chevalier de la Légion d'honneur. Barral entra, en novembre 1838, à l'Ecole polytechnique, dans les premiers rangs, et il en sortit en 1810, avec le titre d'ingénieur des tabacs, attaché à la Manufacture de Paris. Là, il s'adonna à ses goûts pour les recherches chimiques et l'étude de la physique. Il débuta par rechercher dans la feuille du tabac la substance toxique qu'on y soupçonnait, mais qu'on n'était pas encore parvenu à obtenir pure et à analyser. Il parvint ainsi, le premier, à isoler la nicotine, alcoïde énergique, dont "une seule goutte suffit pour donner la mort à un chien" et dont les propriétés vénéneuses furent employées par le comte de Bocarmé pour commettre, en 1850, un crime resté fameux dans les annales judiciaires de la Belgique. Ces découvertes, qui le mirent immédiatement en lumière, ont été consignées en 1811 et en 1845 dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences. Elles furent suivies successivement d'études sur la précipitation de l'or à l'état métallique, l'argenture galvanique, les électro-aimants, sur la statique chimique de l'homme et des animaux, la composition des eaux pluviales, le drainage des terres arables, les irrigations, le blé, les farines, la composition chimique de la croûte et de la mie du pain, les diverses formes de la grêle, l'influence de l'humidité souterraine et de la capillarité du sol sur la végétation des vignes, le phylloxéra, etc. En 1850, les 29 juin et 17 juillet, en compagnie de Bixio, ancien représentant du peuple et ancien ministre eu 1818 et 1849, Barral a exécuté deux ascensions en ballon restées célèbres, parce que, depuis 1804, date de celles de Biot et Gay-Lussac, elles furent un réveil pour la science aérostatique, complètement délaissée jusqu'à cette époque. La seconde fut féconde en résultats scientifiques, longuement exposés par Arago, dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences; notamment, les deux observateurs s'étaient trouvés au milieu de petits glaçons qui réfléchissaient la lumière du soleil de manière à en former une image placée au-dessous du ballon. Ainsi fut vérifiée l'hypothèse de l'abbé Mariotte sur la cause des halos et des parasélènes, qu'il attribuait à des glaçons suspendus dans les hautes régions de l'atmosphère. Barral et Bixio avaient atteint une élévation de 7049 mètres et ils avaient enduré le froid excessif de 40 degrés centigrades au-dessous de zéro, celui de la congélation du mercure, précisément au même point à peu près où Gay-Lussac, en 1804, n'avait eu à supporter que 10 degrés au-dessous de zéro. Cela démontrait que la température des différentes couches atmosphériques subissait des variations analogues aux variations de la température à la surface de la terre.

La première ascension avait été singulièrement dramatique. Un de ses épisodes a été raconté de la façon suivante, par M. Pierre Véron, dans le Monde illustré :

"Le ballon était parti de l'Observatoire de Paris. On voulait atteindre des hauteurs inexplorées. On rêvait des expériences de tout genre. Après avoir franchi une altitude de 5000 mètres, une déchirure se produisit. La descente involontaire commença aussitôt, s'accélérant de plus en plus, exposant les deux aéronautes à une mort presque certaine. Tous deux cependant avaient conservé le sang-froid le plus parlait. Sans prononcer un mot, ils s'étaient serrés la main, dès qu'ils avaient vu le péril imminent et imprévu. Cet adieu muet échangé, on n'avait plus pensé qu'à l'aire le possible pour retarder l'écrasement. Détail effroyable! On lançait par-dessus bord tout ce qu'on avait emporté : les couvertures, les provisions, les sacs de lest, sans les éventrer, excepté les instruments d'optique et de météorologie qu'ils réunissaient sur leurs genoux. Et la nacelle emportée vertigineusement par le poids de ceux qui la montaient, dépassait dans sa chute toutes les épaves jetées au vent. Il n’y avait plus qu'à mourir. Comment conserver une lueur d'espoir ?"

"Eh bien, non. On tomba dans un champ de vignes. Les cordages s'accrochèrent aux échalas. La nacelle fut prise entre les arbrisseaux qui amortirent le coup. Les deux savants furent saufs. Barral, dès qu'il eut mis le pied à terre, se retourna vers Bixio et avec le plus beau sang-froid du monde : — Décidément Icare n'était qu'un maladroit ! — A quoi Bixio répondit sur le même ton : Je crois que jamais auteur dramatique ne fit une pareille chute !— Des gaillards rudement trempés ! Quand ces hommes de science s'en mêlent, ils ne craignent pas la comparaison avec les hommes de guerre."

Barral a professé la chimie, la physique, la technologie, l'agronomie, à l'Ecole polytechnique, au Collège Chaptal et au Collège Sainte-Barbe, où il a formé les élèves les plus brillants, comme MM. Eiffel, Maurice Bixio, Paul Christofle, Robert David d'Angers, Ernest Lamé-Fleury, le colonel Lichtenstein, A. Puton, directeur de l'Ecole nationale forestière, le général Perrier, membre de l'Institut, Tessié du Motay, Mathieu-Plessy, Mercadier, directeur des études à l'Ecole polytechnique, de Luca, Paul Laur, le charmant écrivain et l'érudit et éloquent professeur de commerce de l'Institut commercial de Paris, et bien d'autres. Il a consacré la seconde partie de sa vie au développement de l'agriculture, et il a exercé une action profonde sur les progrès de la science agronomique. Barral a été l'exécuteur scientifique de François Arago, d'Alexandre de Humboldt, du comte Adrien de Gasparin, dont il a publié les œuvres posthumes, à tous les trois. Pendant plus de vingt ans, Barral a été le rédacteur en chef du Journal d'Agriculture pratique, fondé en 1837 par son ami intime, Alexandre Bixio, puis il créa, en 1860, la Presse scientifique des Deux-Mondes, qui est continuée aujourd'hui sous le nom de Journal-Barral, et fonda le Journal de l’agriculture, en 1866; en outre, Barral a publié différents ouvrages, parmi lesquels il convient de retenir : La statique chimique des animaux; Le traité de drainage; Le blé et le pain; Les irrigations dans le département de Vaucluse; L’agriculture, les prairies et les irrigations dans la Haute-Vienne ; La trilogie agricole ; La lutte contre le phylloxéra, etc., etc.

Barral a fourni aussi de nombreux mémoires, articles et notices à la Revue des Deux-Mondes à la Démocratie pacifique, au Phalanstère, aux Annales de chimie et de physique, Opinion nationale, au Télégraphe, à L'Ami de la Maison, à la Revue scientifique, au Dictionnaire des arts et manufactures, au Grand dictionnaire Larousse, à l'encyclopédie du XIXe siècle, au bulletin de la Société d'encouragement pour industrie nationale, etc.

Membre du Conseil général de la Moselle jusqu'en 1870, secrétaire perpétuel de la Société nationale d'Agriculture de France, membre du Conseil de la Société des Agriculteurs de France et de la Société d'encouragement à l'Industrie nationale, commandeur de la Légion d'honneur, décoré de tous les ordres étrangers, sans qu'il les eût cherchés, il a fourni sa féconde et utile carrière, sans brigue et sans ambition.

Son buste a été placé dans les galeries de l'Hôtel de la Société nationale d'agriculture de France, rue de Belle-chasse, à Paris. Son éloge a été prononcé en séance publique, le 21 juillet 1889, par M. Louis Passy. Le portrait que nous donnons a été exécuté sur nature, le 31 janvier 1879. Barral avait alors 60 ans.



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