Biographie d'Henri-Edouard Giffard, ingénieur et inventeur

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Henri Giffard


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Henri Giffard

Biographie

Henri Giffard est l'un des 72 savants dont le nom est inscrit sur le premier étage de la tour Eiffel. Il est le 13e, sur la face tournée vers l'Ouest.


Henri Giffard, ingénieur et inventeur, est né à Paris le 8 janvier 1825. Il est mort dans la même ville le 15 avril 1882. Il fit ses études classiques au collège Bourbon, aujourd'hui lycée Condorcet, et entra aussitôt dans les ateliers du chemin de fer de Saint-Germain-en-Laye. II avait été poussé à rechercher cette modeste situation par une passion irrésistible pour la mécanique. Dès l'âge de quatorze ans, il trouvait le moyen de faire l'école buissonnière pour aller voir manœuvrer les wagons dans les gares. Il brûlait déjà du désir de conduire une locomotive. Il y réussit bientôt et il eût l'âpre plaisir de faire glisser sur les rails, aussi vite qu'il le pouvait, les premiers trains du chemin de fer de l'Ouest Il éprouva cette passion naissante et indomptable du mécanicien pour sa machine, que M. Emile Zola a décrit avec tant d'éclat et de vérité dans son admirable roman de La Bête humaine.

Henri Giffard se forma seul, par la pratique jointe à l'étude qu'il fit dans sa jeunesse des cahiers de jeunes amis qu'il avait à l'Ecole centrale. Ce fut là l'unique concours qu'il obtint pour acquérir les principes indispensables des sciences. Mais il fut toujours animé par un besoin d'invention et de recherches, qu'aucune distraction ne put jamais interrompre. Doué d'une habileté de doigts peu commune, mince, nerveux, souple, agile, sobre, il savait tout faire par lui-même et se servait de tout objet pour le transformer en mécanisme. C'est ainsi qu'on le surprenait éventrant un fauteuil de son cabinet pour en arracher un ressort dont il avait besoin pour une expérience ; c'est encore ainsi qu'on le voyait confectionner un photomètre avec deux crayons fixés dans le carton d'un almanach, afin de faire réussir rapidement une démonstration.

A dix-huit ans, Henri Giffard fit sa première invention. Elle touchait à la navigation aérienne et devait le conduire, en 1852. une dizaine d'années plus tard, à réaliser une des plus mémorables expériences de l'histoire scientifique du XIXe siècle. Les ascensions aérostatiques à grandes hauteurs, délaissées depuis celles de Gay-Lussac et de Biot, en 1804, avaient été remises en honneur par celles accomplies en juin et juillet 1850 par Barral et Bixio. Il s'agissait de construire un aérostat dirigeable, de forme allongée, ayant 44 mètres de longueur et 12 mètres de diamètre. Ce navire aérien d'un nouveau genre cubait 2500 mètres. Il était muni d'un propulseur à hélice et il était actionné par une machine de la force de trois chevaux-vapeur. Henri Giflard s'éleva seul dans les airs, et réussit le premier à se dévier sensiblement de la ligne du vent, Henri Giffard devait renouveler cette expérience en 1855, et ne jamais abandonner l'étude du grand problème de la navigation aérienne. En 1867, c'est lui qui construisit le premier aérostat captif à vapeur. En 1868, il en construisit un second qui cubait 12000 mètres, qu'il fit installer à Londres et qui lui causa une perte sèche de sept cent mille francs, perte qu'il éprouva sans proférer une seule plainte, un seul regret. En 1878, il n'hésita pas à construire son grand ballon captif à vapeur cubant 25000 mètres et qui est resté comme un des chefs-d'œuvre de la mécanique moderne. Que n'eût-il pas fait pour l'Exposition universelle de 1889, pour lutter de merveilles avec cette merveilleuse Tour Eiffel qui a inscrit son nom avec orgueil sur ses flancs audacieux !

Henri Giffard avait pu faire face à toutes ces colossales dépenses par l'argent gagné par l'invention de son injecteur. En quelques années il était devenu plusieurs fois millionnaire et l'argent ne cessant d'affluer entre ses mains, il en faisait l'usage le plus noble, le plus utile et le plus conforme à ses goûts. L'injecteur Giffard est, en effet, une des grandes découvertes mécaniques de notre siècle. Son principe est tellement surprenant, singulier, que des milliers d'appareils ont fonctionné avant que les mathématiciens aient pu en donner une théorie claire et satisfaisante. Ce petit mécanisme, qui permet à toutes les machines de s'alimenter automatiquement, est resté tel qu'il a été créé originairement en 1858. Il est aujourd'hui d'un emploi universel; toutes les locomotives du monde entier en sont munies.

En 1876, la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale décerna à Giffard la grande médaille Prony des arts mécaniques pour l'invention de son injecteur. Lorsque, en 1861, on annonça officiellement la création de cet appareil, la surprise fut générale ; elle redoubla encore quand on connut son mode d'action. Rien n'avait fait concevoir la possibilité des curieux résultats obtenus du premier coup. Quelques expériences de Venturi avaient fait connaître les entraînements des liquides ; mais il était étrange et digne d'admiration de constater qu'on pouvait employer directement la pression de la vapeur d'une chaudière, à faire pénétrer malgré la pression intérieure, l'eau d'alimentation dans cette chaudière. La vapeur sortant ne saurait en effet y rentrer par le seul fait de la conversion du travail correspondant à sa pression ou force vive. Mais lorsque, mue avec une grande vitesse, elle communique cette force vive à l'eau avec laquelle elle se confond par condensation, celle-ci y pénètre facilement par son choc, quand sa masse est dans un rapport convenable avec la quantité de vapeur condensée. Il n'y a aucune perte de chaleur par l'alimentation des chaudières à l'aide de l'injectenr Giffard, parce que tout le calorique contenu dans la vapeur rentre avec l'eau dans la chaudière.

Henri Giffard a encore inventé un mode de suspension pour les wagons, qui est extrêmement doux. Il a indiqué le moyen de fabriquer industriellement de l'hydrogène à l'aide de la vapeur d eau mise en contact avec du minerai de fer pulvérisé. Il a perfectionné une foule d'inventions courantes. En 1859, l'Institut de France lui avait décerné le Grand Prix de mécanique. Dédaigneux des honneurs, sans ambition, surtout sans brigue, Henri Giffard est mort sans qu'un ministre ait songé à le décorer. Quant à lui, il n'y pensa jamais. Travailler, inventer, faire du bien, c'étaient ses seules satisfactions. Il fit toujours, ainsi que nous l'avons dit, un noble emploi de sa fortune en encourageant les sciences, l'industrie, en dotant les savants pauvres, en commanditant les découvertes nouvelles, les journaux scientifiques, dont quelques-uns sans lui n'auraient pas pu échapper aux douloureuses lenteurs de la période de fondation. En mourant, il laissa par testament 100,000 francs aux pauvres de Paris, 50,000 francs à l'Académie des Sciences, et des sommes identiques à la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale, à la Société des Ingénieurs civils, à la Société des Amis des Sciences, 100,000 francs au personnel de la maison Flaud, et des pensions et des legs sans nombre à des amis, des collaborateurs, des serviteurs, et après avoir fait une large part à sa famille, il crut bien agir en laissant plusieurs millions de francs à l'Etat, émettant le vœu que ce capital considérable fût consacré à des œuvres scientifiques.

Depuis 1882, l'Etat, ce grand insouciant, n'a pas encore abouti à réaliser une seule application utile et féconde. Pour Henri Giffard, une seule chose a été faite : son nom a été donné à une des rues de Paris, sur la rive gauche de la Seine. Maigre honneur pour tant de générosité et de merveilleuses inventions !

Le portrait ci-dessus est la reproduction d'un portrait exécuté en 1863. Henri Giffard avait alors trente-huit ans. Lorsqu'il est mort, il avait cinquante-sept ans accomplis. La décoration qu'il porte est un ruban étranger. Nul n'est prophète dans son pays, dit le proverbe. Henri Giffard a laissé un frère, inventeur lui aussi.



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