Biographie de Marie-André Ampère

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Marie-André Ampère


Marie-André Ampère

Marie-André Ampère

Biographie

André-Marie Ampère est l'un des 72 savants dont le nom est inscrit sur le premier étage de la tour Eiffel. Il est le 13e, sur la face tournée vers le Trocadéro.


André-Marie Ampère, mathématicien et physicien, est né à Lyon, sur la paroisse de Saint-Nizier, le 22 janvier 1775, de Jean-Jacques Ampère, négociant, et de Jeanne-Antoinette Sarcev de Sutières. Il est mort à Marseille le 10 juillet 1836. Après avoir enseigné la physique à Bourg-en-Bresse (Ain), où il écrivit ses Considérations sur la théorie mathématique du jeu, il fut nommé professeur au collège de sa ville natale, puis il vint à Paris comme répétiteur d'abord et professeur ensuite, à l’Ecole polytechnique. Successivement membre consultatif du Conseil des arts et métiers en 1806, inspecteur général de l'Université en 1808, membre de l'Institut en 1814, et dans les années qui viennent, correspondant de toutes les sociétés savantes du monde civilisé, comblé d'honneurs et de distinctions, Ampère, cependant, fuyait l'éclat, le bruit, et ne se sentait heureux que dans son modeste laboratoire, situé dans la maison portant le n° 19 de la rue des Fossés Saint-Victor, à Paris. Cet édifice a disparu pour faire place au passage de la rue Monge, percé sous le second Empire. C'est de là qu'est sortie une des plus fécondes découvertes de la science moderne, celle de l'électricité dynamique, qui repose sur la combinaison de l’électro-aimant. Elle fut faite avec la collaboration d'Arago. Du même coup qu'elle créait la télégraphie électrique, elle devenait la source de toutes les merveilleuses applications de l'électricité contemporaine.

En 1819, Œrsted, illustre physicien danois, avait observé que si l'on dispose parallèlement à une aiguille aimantée, mobile sur un pivot, un fil métallique traversé dans sa longueur par un courant d'électricité, l'aiguille quitte le méridien magnétique et se met en croix avec le fil. Mais ce phénomène offrait des incidents divers, selon que l'aiguille était ou n'était pas astatique, c'est-à-dire suivant que l'influence de la terre agissait ou n'agissait pas sur elle, et d'après le sens du courant et les positions relatives de l'aimant et du fil.

Ampère, avec un génie profond, pénétra ces problèmes divers et créa une formule ingénieuse renfermant toutes les circonstances. Après avoir multiplié les expériences, il découvrit, le 24 octobre 1820, que les courants électriques agissent les uns sur les autres. Ce fut, en effet, ce jour-là qu'il combina le premier électro-aimant dans un élan d'inspiration soudaine, suscité par une communication d'Arago, faite à l'Académie des sciences de Paris. Constatant qu'un fil de cuivre parcouru par un courant électrique acquérait la propriété d'attirer le fer, il conçut l'idée de plonger un outil dans la spirale qu'il tenait à la main et que traversait un courant. La force attractive se trouva centuplée aussitôt. C'est ainsi que l'appareil le plus précieux de la physique fut improvisé par un mouvement instinctif du génie.

Sur ce grand fait résolu par la pratique, Ampère a fondé une science nouvelle, l'électrodynamique, en réunissant deux notions jusque-là distinctes : l'électricité et le magnétisme. Cette découverte de génie est codifiée dans les annales de la science sous la dénomination de lois d'Ampère.

En mémoire de ce fait capital, le Congrès universel des Electriciens, tenu à Paris, en 1881, pour fixer la valeur des unités électriques, a donné le nom d’ampère à l'unité d'intensité d'un courant. C'est encore ainsi qu'on a décidé d'appeler ampère-heure la quantité d'électricité traversant un circuit durant 60 minutes et de désigner sous le nom d’ampèremètre, une sorte de galvanomètre, spécialement destiné à la mesure de l'intensité électrique qui parcourt un circuit.

Cet hommage que les savants veulent rendre aux créateurs d'une science, en empruntant leurs noms pour former le vocabulaire scientifique, part évidemment d'un noble sentiment. Cependant nous pensons que c'est aller à l'encontre de la clarté et de la précision, et qu'il serait préférable de prendre les termes dans la langue grecque, comme on l'a fait, par exemple, lorsqu'on a établi le système métrique. Sur ce point, nous sommes de l’avis de M, Berthelot, l'illustre créateur de la mécanique chimique et de la thermochimie, membre de l'Institut, qui dans la séance de l'Académie des sciences de Paris du 23 septembre 1889, a présenté de justes critiques à ce sujet. C'est avec raison qu'il a fait observer que, s'il est utile et nécessaire de définir certaines unités abstraites par des mots caractéristiques, il y a, peut-être, quelques inconvénients à les désigner par des noms propres, comme on tend à le faire en électricité et en mécanique, depuis quelques années. Cette manière de procéder est contraire à l'esprit qui a dirigé les sciences modernes jusqu'à notre époque. Elle risque d'enlever à l'expression des phénomènes et des lois son caractère de généralité absolue, indépendante des personnes, des temps, des nationalités. Elle est capable encore de susciter des compétitions étrangères à la science, nuisibles à ses véritables intérêts, sans compter qu'elle est obscure et exige un double effort de compréhension.

Cela dit, revenons à Ampère, qui fut un très vaste esprit, ouvert à toutes les conceptions intellectuelles, et qui aurait été sûrement de cette opinion, d'après ce que nous avons appris de son caractère par Arago et son fils, J.-J. Ampère. Il était âgé à peine de dix-huit ans que déjà il avait inventé une langue universelle destinée, en remplaçant le nombre infini des idiomes parlés sur la terre, à rapprocher les hommes et à consolider la paix. En 1834, il mit au jour, sous le titre d'Essai de la philosophie des sciences, une classification nouvelle de toutes les connaissances humaines, avec un exposé de la marche qu'il avait suivie et des considérations qui l'avaient inspiré. Cet ouvrage témoigne de la puissance de son cerveau encyclopédique et métaphysique. Il constitue un inventaire complet de ce que nous savons, avec des vues profondes et ingénieuses.

La classification d'Ampère tend à établir un ordre naturel et vrai dans la distribution des sciences. Ce n'est point un tableau alphabétique dressé avec parti-pris; c'est un exposé tracé par voie de découvertes successives et de perfectionnements graduels.

Ampère raconte dans une préface lucide et savante, la manière lente dont cet ordre s'est formé, ainsi que l'occasion, les tâtonnements, les indications apparues au fur et à mesure de ses études. Il fait voir comment la symétrie constante des divisions et des subdivisions, qui semblerait au premier abord un caractère artificiel, se rattache au contraire à la nature même de notre intelligence et puise sa raison dans la forme et les lois de nos facultés.

Ampère consacre la première partie de son ouvrage au développement et à la justification du principe dans l'ordre des sciences qu'il appelle cosmologiques, c'est-à-dire relatives à tous les êtres matériels dont l'univers est composé. La seconde partie complète ce développement en ce qui concerne les sciences noologiques, c'est-à-dire relatives à l'étude de la pensée et des sociétés humaines. Il donne dans la troisième partie les principaux résultats de ses observations psychologiques qui, remontant aux années de sa jeunesse, devront le classer parmi les idéologistes contemporains, à côté de Maine de Biran, son ami.

Une pièce de vers latins est jointe au tableau final. Elle est dédiée à son fils Jean-Jacques Ampère. En voici la traduction :

A mon excellent et bien aimé fils. — Poème récapitulatif. — Préliminaire. — Pour posséder une notion approfondie de l’univers, de sa vie, de sa puissance, il faut d'abord se rendre compte de son mouvement et de son étendue ; ensuite vient l'étude des éléments qui le forment et des êtres qui l’habitent.

Les vers d'Ampère sont d'une excellente latinité, d'une précision parfaite et sans sécheresse. Ils reproduisent le ton des exposés de Lucrèce. Après on lit les prolégomènes et le tableau général de cette classification nouvelle des connaissances humaines.

A la fin de l'année 1793, Ampère reçut une commotion terrible. Il vit son père accusé de sympathie pour l'aristocratie lyonnaise, périr sur l'échafaud. Il faillit en perdre la raison, et il ne put se calmer à la longue, qu'en se consacrant, avec sa passion accoutumée, à la poésie, à la musique, à la botanique. En herborisant, il devait rencontrer la jeune fille destinée à devenir sa femme. Les mariages d'amour sont fréquents parmi les savants, et souvent ils sont heureux jusqu'au bout, témoins ceux de Gay-Lussac, Malus, Monge, et de bien d'autres moins célèbres, quand l'intelligence et le cœur de l'épouse se mettent à la hauteur du génie de 1 époux. De cette union, qui fut brisée par la mort prématurée de Mr Ampère, il naquit un enfant unique qui devint la consolation du malheureux savant et qui s'est illustré dans les lettres et les études historiques. C'est J.-J. Ampère, mort en 1864, membre de l'Académie française. La ville de Lyon a érigé solennellement, le 8 octobre 1888, en présence de M. Carnot, président de la République, une belle statue à Ampère. Elle est due au sculpteur Charles Textor. C'est elle que notre dessin reproduit La ville de Paris a donné son nom à une des rues de la rive droite de la Seine. Son éloge a été prononcé, au nom de l'Institut de France, par M. Alfred Cornu, membre de l'Académie des sciences. Deux études remarquables qui se complètent l'une par l'autre, ont été consacrées aux découvertes et aux écrits d'Ampère par Littré et Sainte-Beuve. Ses œuvres ont été publiées par les éditeurs Bachelier et Mallet-Bachelier, les prédécesseurs de MM. Gauthier-Villars et fils.



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