Nationalisme en Egypte

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Nationalisme en Egypte


Nationalisme égyptien et nationalisme arabe

Depuis un siècle et demi, l'histoire des confins afro-asiatiques peut s'analyser comme une montée du nationalisme égyptien, parallèlement à une prise de conscience du nationalisme arabe.

L'Egypte a trouvé son identité moderne avec Méhémet-Ali, dès 1805. Mais ce n'est que vers la fin du XIXe siècle que la tutelle britannique suscite en réaction une prise de conscience nationale. La création d'un parti nationaliste égyptien, qui deviendra le Wafd en 1909, coïncide en effet avec l'afflux de fonctionnaires étrangers qui accaparent les postes clefs au détriment des élites locales.

En 1914, la proclamation du protectorat britannique, remplaçant la suzeraineté officielle des Ottomans, en guerre aux côtés de l'Allemagne, est moins ressentie que la déposition du khédive 'Abbàs Hilmï, remplacé par Husayn Kamil, nommé sultan. La réaction nationaliste se développe. ZarhlQl, le leader du Wafd, y joue un rôle moteur. Mesurant l’erreur commise, la Grande-Bretagne supprime le protectorat en 1922. Le roi Fu'âd Ier monte sur le trône égyptien. Mais la pression nationaliste de plus en plus forte oblige l'Angleterre à reconnaître l'indépendance de l'Egypte. Le successeur de Fu'âd, Farouk, s'efforce de réduire l'influence du Wafd. Cependant, au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'opinion égyptienne manifeste ouvertement son hostilité grandissante à la présence britannique dans la zone du canal de Suez. Pour désamorcer cette menace, les Anglais soutiennent le chef du Wafd, Nahhâs Pacha, qui devient Premier ministre d'Egypte. Après la Seconde Guerre mondiale, l'indépendance d'Israël et la brève guerre qui s'ensuit avec les États arabes aboutissent à la défaite de ceux-ci. C'est plus que l’on n'en peut supporter sur les rives du Nil, le nationalisme égyptien s'en trouve renforcé.

En 1952, une junte des Officiers libres s'abritant derrière le général Néguib prend le pouvoir, renverse le roi Farouk et proclame la république.

À ce premier coup d'éclat succède la nationalisation du canal de Suez, réalisée par Nasser qui a remplacé Néguib. L'habile résistance politique que Nasser réussit à opposer à l'offensive conjuguée des Anglais, des Français et des Israéliens transforme une défaite militaire en victoire diplomatique. Les agresseurs de l'Egypte doivent reculer sous la pression internationale. Nasser, qui sort donc vainqueur de cette épreuve, galvanise le nationalisme arabe tout entier.

La création, le 1er février 1958, de la République arabe unie (R.A.U.) lie l'Egypte et la Syrie, puis l'élargissement de la R.A.U. au Yémen esquisse la vaste fédération arabe dont rêve Nasser. Cette tentative avorte par suite de dissensions politiques.

Le pan-arabisme de Nasser s'oriente alors vers une solidarité économique des États arabes qui bascule peu à peu vers de nouvelles actions communes dirigées contre Israël, notamment la création de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

La lutte contre Israël que préconise le raïs doit permettre d'accélérer la constitution de l'unité arabe. Mais l'échec de la guerre des six jours compromet cette politique. Nasser, contraint à la prudence, cantonne désormais son action à des arbitrages entre États arabes et à l'entretien de bonnes relations bilatérales avec ceux-ci.

Avec Sadate, qui a succédé à Nasser en 1970, la paix avec Israël prend le pas sur la recherche d'un leadership arabe. Les relations se détériorent avec la Jordanie. Mais la guerre d'octobre permet de renforcer les liens avec la Syrie, de redonner fierté à l'armée égyptienne et de débloquer la situation diplomatique. L'ouverture de négociations séparées israélo-égyptiennes grâce à l'annonce du voyage surprise de Sadate à Jérusalem, puis l'orientation de la diplomatie égyptienne vers les accords de Camp David entament un processus de paix avec l'État hébreux qui divise profondément le monde arabe. La constitution d'un Front de la fermeté isole l'Egypte du reste des «pays frères». Les États membres de la Ligue arabe adoptent des mesures de rétorsion à l'égard de l'Egypte.

Après l'assassinat de Sadate, Moubarak suit une ligne diplomatique proche de celle de son prédécesseur. La récupération pacifique du Sinaï confère un certain prestige à cette politique. Mais le monde arabe est désormais traversé par des courants religieux qui passent davantage par Téhéran que par Le Caire.


Fiertés nationales, mythes et réalités

Une idée généralement répandue chez les nouveaux venus en Egypte veut que les Égyptiens, tous les Égyptiens, soient fascinés par le fabuleux passé de leur pays. Dès l’arrivée sur le sol égyptien, la réalité se charge de décevoir l'utopiste. L'indifférence du petit peuple et même des classes moyennes à l'égard des civilisations passées du Nil est à la mesure des difficultés de leur vie quotidienne. Seule une minorité infime d'érudits se souvient que l'Egypte fut gouvernée par des pharaons. Pour les autres, les fiertés nationales sont ailleurs.

S'y mêlent l'ombre prestigieuse de Nasser et le souvenir encore présent dans tous les esprits d'une période où l'Egypte polarisait l'attention et l'admiration du monde arabe. La conviction que cette période n'est pas révolue continue d'habiter aussi bien le chauffeur de taxi cairote que l'instituteur nilotique, le fonctionnaire ou le guide pour touristes. Elle se fonde sur l'honneur retrouvé lors du «franchissement», quand son armée franchit le canal en octobre 1973 et prit d'assaut la ligne Bar Lev élevée par les Israéliens sur le territoire égyptien du Sinaï. Elle se souvient que le haut barrage d'Assouan fut aussi imposé au concert des puissances mondiales. Elle a aussi de bonnes raisons à tirer de la reconstruction.

À Port-Saïd (Bûr 'Saîd) où 25 000 maisons furent rasées, les voies de communication détruites, la ville privée d'eau et d'électricité, la reconstruction a sorti de terre une ville neuve. Un an à peine après les durs combats de 1973, le premier bateau pouvait de nouveau mouiller dans le port. 700 000 engins explosifs, allant de la fusée à la simple grenade à main, ont été retirés du canal de Suez. Et le trafic a pu reprendre sur la célèbre voie d'eau, un an et demi après la guerre d'octobre.

Mais ces souvenirs s'estompent avec le temps. Pour les générations plus jeunes, la fierté nationale se devine à l'évocation des aménagements qui bouleversent le pays. Cette Egypte immuable est en train de bouger. Son agriculture, demeurée figée depuis le temps des pharaons, fait à présent pousser ses cultures à travers les sables du désert. Déjà la Nouvelle Vallée qui unit les oasis libyques est une réalité. Peut-être, un jour, le projet follement ambitieux qui veut transformer la dépression de Kat-tara en polder prendra-t-il corps. En attendant, le désert du Sinaï, lui, s'auréole de rizières et de ports pétroliers, d'usines de manganèse et de stations balnéaires.

«Lève la tête, mon frère!» lui avait lancé Nasser, en 1973. Le message a été entendu.





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