Description d'une mosquée

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La mosquée


La mosquée est l'élément le plus caractéristique de l'art musulman, car elle reflète au mieux, au-delà des différences de style imprimées par les époques et les traditions locales, les institutions et la mentalité de l'islam.


Origine des mosquées

L'expression masdjid (mosquée) provient d'un mot arabe qui signifie «se prosterner» et désigne le lieu où l'on vénère Dieu. Le musulman n'est pas tenu, on le sait, de se rendre à la mosquée pour prier. Pourvu qu'il ait accompli les ablutions rituelles et qu'il s'oriente vers La Mecque, il peut prier seul et n'importe où. Mais la réunion de la communauté (la umma) est de rigueur le vendredi à midi. Aussi trouve-t-on dans les villes importantes une Grande Mosquée, équipée d'une chaire (minbar), du haut de laquelle l'imam préside à la prière des fidèles, disposés en longues rangées étirées en largeur devant le mur indiquant la direction de La Mecque (qibla), et prononce le sermon (khotba). A l'origine, la mosquée n'était pas seulement un lieu de culte, mais aussi un endroit où les musulmans pouvaient se retrouver pour discuter de toutes les affaires (non seulement religieuses, mais aussi politiques et économiques) de la communauté. L'ensemble de ces faits a influé sur le plan de la mosquée, dont l'archétype fut la maison de Mahomet lui-même à Médine.

Le Prophète arriva de La Mecque après l'Hégire en 622. Animé par un souci pratique plus que par des considérations esthétiques, il édifia une série de petites chambres, destinées à ses épouses et à lui-même, ouvrant sur une cour de 50 mètres de côté, fermée par une clôture de brique crue, qui offrait un asile à tous, même aux non-musulmans. Le mur nord constituait la qibla, qui resta orientée vers Jérusalem jusqu'à la rupture de Mahomet avec les juifs de Médine. Il était couvert d'un toit de feuilles de palmier destiné à protéger les fidèles du soleil, formant une pièce à la façade ouverte, qui tenait lieu à la fois de lieu de prière et de salle d'audience. Installé sur un modeste siège de bois, ancêtre du minbar, Mahomet y exposait ses pensées religieuses et dictait à la jeune communauté ses règles de conduite. Cet édifice fut démoli en 706 pour laisser la place à une mosquée, à l'exception de la chambre où Mahomet avait été enterré, qui fut incluse dans la nouvelle construction. Mais c'est de ce plan de base que s'inspirent toutes les mosquées qu'il nous est aujourd'hui donné d'admirer.


Architecture

La mosquée s'ouvre sur une cour entourée de portiques au milieu de laquelle un ou plusieurs bassins permettent de recueillir l'eau destinée aux ablutions rituelles. Du côté du mur de la qibla qui permet aux fidèles de repérer l'orientation obligatoire vers le lieu saint de La Mecque, se trouve la salle de prière, formant un long rectangle à la façade entièrement ouverte sur la cour, et généralement plus profonde que les trois autres salles qui entourent celle-ci.

À la base du mur de la qibla, s'ouvre une niche, le mihrâb, qui forme le « saint du saint » de la mosquée. Par son emplacement, il représente comme une porte symbolique sur la voie sacrée menant à La Mecque. Sa décoration très riche s'étend à la partie du mur de la qibla qui l'entoure. Mais cette niche reste vide. On sait que l’islam interdit la représentation humaine. Selon C. Papadopoulo, «le mihrâb symbolise, en la suggérant, la présence du Prophète lui-même, et donc de Dieu à travers lui, il est le moule en creux de cette présence».

Parfois on trouve plusieurs mihrâb destinés aux fidèles qui, disposés en longues files face au mur de la qibla, peuvent être de ce fait éloignés de la niche principale.

La salle est couverte d'une toiture plate reposant sur des arcades à colonnes formant travées. La travée longitudinale de la qibla est souvent plus large que les autres et soulignée par des coupoles à ses deux extrémités. De même, l'axe perpendiculaire au mur de la qibla et qui aboutit au mihrâb forme une nef que Papadopoulo appelle «le vaisseau axial». Elle se distingue des autres travées par sa largeur, sa hauteur, sa décoration plus riche. La sainteté de cette nef est parfois soulignée par une coupole située devant le mihrâb à l'intersection du vaisseau axial et de la travée longeant la qibla, et d'une autre coupole au-dessus de l'entrée, comme pour mieux désigner de l'extérieur la voie menant au mihrâb. «Ainsi, poursuit le même auteur, (le vaisseau axial) est comme l'aiguille d'une boussole qui serait la mosquée tout entière, boussole mystique désignant sans cesse au croyant le pôle de l'islam. »

Le minbar, où prend place l'imam pour prononcer le sermon, se trouve le plus souvent au centre de la mosquée, contre le mur de la qibla, à droite du mihrâb. Seules en sont dotées les mosquées djàfni' (de l'arabe al-jâmi, «ce qui réunit») où l'on célèbre la prière commune du vendredi. Au cours des siècles, le minbar perdit sa signification unique de chaire pour devenir un véritable trône, symbole des pouvoirs tant politiques que religieux détenus par les chefs de la communauté. Aussi fut-il de plus en plus haut, tandis que le siège dont disposait Mahomet à Médine — et dont le minbar s'inspire — ne comportait, dit-on, que deux marches supportant un modeste siège de bois. Les théologiens ne manquèrent pas de s'inquiéter de cette évolution qu'ils considéraient comme une marque d'orgueil de la part des califes. Le minbar, le plus souvent en bois, orné de panneaux finement sculptés, vit s'enrichir sa décoration. On ajouta même une coupole au-dessus du siège.

Dans les mosquées principales, notamment dans celles des capitales, une grille ou une balustrade en bois délimite l'espace réservé au souverain, près du minbar. C'est la maqsûra. Dans la Grande Mosquée de Damas, on trouve même plusieurs maqsûra, qui étaient réservées à des confréries où à des familles éminentes. Impliquant une hiérarchie parmi les fidèles, la maqsûra est contraire à l'esprit de l'islam primitif. Mais peut-être obéit-elle à l'époque de son apparition à un souci de sécurité : il est vrai qu’Umar, le successeur du Prophète, fut assassiné dans la mosquée de Médine. De même, 'Amr, le conquérant de l'Egypte, fut-il attaqué dans la mosquée qu'il avait fondée à Fustât.

Équivalent du clocher des églises, puisqu'il répond à la même fonction, l'appel à la prière, le minaret surplombe la mosquée. Il est généralement situé sur le côté de la cour opposé à la salle de prière. La maison du Prophète à Médine n'en était pas pourvue, mais on raconte que Mahomet invita bientôt un de ses compagnons à monter sur le toit le plus haut des environs pour inviter les fidèles à la prière. Le muezzin lance trois appels successifs : une invitation à se rendre à la mosquée, une invocation au Prophète et l'annonce du début de la prière. De formes très variées (minarets carrés en Espagne et au Maghreb, cylindriques, dans le modèle persan, ou composites comme celui de la mosquée d'Ibn Tûlûn au Caire [carré à la base, puis cylindrique et enfin octogonal au fil des étages]), le minaret est l'élément le plus caractéristique de la mosquée, celui qui permet de repérer l'existence de celle-ci lorsqu'on se trouve à l'extérieur, même lorsque l'édifice, comme c'est souvent le cas, est étroitement imbriqué dans le quartier qui l'environne. Dans ce sens, le minaret se voulut aussi un symbole de puissance dans les régions de conquête où l'islam avait besoin de s'affirmer.


Décors, ammeublement

L'ameublement de la mosquée est sommaire : outre le minbar, les grandes mosquées possèdent un pupitre pour le livre du Coran et de grands fauteuils réservés aux lecteurs de hadîih. Pour la prière, le sol est recouvert de nattes ou de tapis que l'on oriente vers La Mecque. Des lampes éclairant l'édifice, et de grands cierges entourent généralement le mihrâb. L'essentiel de la lumière vient de la cour sur laquelle s'ouvrent les salles. Les murs donnant sur l'extérieur de la mosquée sont pratiquement aveugles, parfois percés de claustras placés très haut.

Sauf exception, les mosquées ne possèdent pas de décors figuratifs. L'épigraphie, la géométrie et la représentation d'une flore extrêmement stylisée par un jeu subtil d'arabesques sont le vocabulaire obligé des artistes musulmans, lorsqu'ils choisissent d'orner cette architecture sacrée, qui peut au contraire demeurer superbement dépouillée.





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