Agriculture de l'Egypte

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Agriculture de l'Egypte


Un peuple protégé du ciel, et qui comme l'abeille, ne semble destiné qu'à travailler pour les autres sans profiter lui-même du fruit de ses services

Ainsi s'exprimait Amrou que le calife avait chargé de lui décrire l'Egypte aux premiers temps de la conquête arabe, un pays qu'il décrivait comme "une campagne magnifique entre deux montagnes".


Une agriculture millénaire

D'autant plus magnifique que la crue saisonnière du Nil avait permis depuis le IVe millénaire avant JC d'irriguer les terres cultivables de sa vallée. À l'époque des pharaons, sans doute les paysans égyptiens, les fellahs, utilisaient-ils la méthode de l'inondation dirigée : le flot était orienté vers des bassins (hod) découpés sur les bords mêmes du lit du fleuve; l'eau s'y accumulait derrière de petites digues et l'on semait dans la boue liquide. Les crues et le climat favorisaient les récoltes d'hiver.

Dès l'Antiquité, les cultures nilotiques ont porté sur le blé, l'orge et les plantes fourragères. Le fourrage était représenté par le bersim, ou trèfle d'Alexandrie; il servait de nourriture principale pour le gros bétail, essentiellement représenté par les buffles. Les récoltes constituaient la culture chetain, c'est-à-dire la base traditionnelle de la subsistance.

Sur les terres les plus élevées s'y ajoutaient des cultures récoltées en automne. Ces cultures établies sur les terrasses alluviales du fleuve dépendaient d'une irrigation plus complexe, assurée par des machines élévatrices. Comme cette agriculture n'a cessé de se perfectionner tout au long de l'histoire égyptienne, les machines élévatrices, que l'on rencontre encore aujourd'hui manœuvrées par les fellahs, offrent une collection assez complète de l'ingéniosité locale. L'arsenal de l'irrigation va du simple seau manœuvré à la main jusqu'à la pompe à moteur, en passant par des engins qui perpétuent des inventions plusieurs dizaines de fois séculaires. Parmi elles, il y a le chadouf : un sac de cuir pour puiser l'eau, un contrepoids, et un bras de levier assuré par une longue perche. Il y a le sakieh, dont la roue grinçante, animée par un âne ou par un dromadaire, remonte inlassablement un chapelet de cruches accrochées à une chaîne et en déverse le contenu dans des canaux. On utilise aussi la vis d'Archimède. Dans la cuvette du Fayoum et dans les dépressions du désert Libyque, le forage de puits permettait aussi d'atteindre la nappe du Nil souterrain. Curieusement, cette circulation phréatique connaît, elle aussi, un rythme de crues analogue à celui du fleuve de surface mais décalé de trois mois par rapport à lui. Cette eau souterraine permettait d'obtenir une courte récolte de printemps.

Ailleurs, une jachère qui correspondait à la période de basses eaux entraînait le fendillement de l'argile par dessiccation. Ainsi, quand l'eau de la crue arrivait, ces réseaux de fentes assuraient la pénétration du liquide et du limon. De la sorte se trouvaient entretenues, à la fois, l'humidité et la fertilité des sols.

Bien entendu, à ces méthodes d'irrigation correspondait un système de canaux et de digues en terre, l'origine plonge dans la nuit des temps en fixaient les modalités.


Une dépendance au Nil

Depuis le temps des pharaons, les opérations compliquées d'ouverture des digues ont toujours été subordonnées à l'exacte connaissance du niveau des eaux que donne le nilomètre.

Ce système traditionnel d'utilisation des eaux a déterminé un habitat groupé en gros villages installés sur les digues. L'organisation sociale dans toute la Haute et la Moyenne-Egypte, en amont du Delta, reflétait une exploitation communautaire, village par village, dont on retrouve encore la trame aujourd'hui.

Depuis le premier tiers du XIXe siècle après JC, sous Méhémet-Ali, de grands travaux ont cherché à obtenir une irrigation pérenne, qui a profondément modifié l'agriculture égyptienne. De grands barrages ont d'abord relevé le niveau du Nil pendant les basses eaux. Les premiers barrages de ce type construits à partir de 1840, à la pointe du Delta, ainsi qu'à Assiout, Nag-Hamadi et Esnèh dans la vallée, ont été plusieurs fois rehaussés ou reconstruits. Puis des barrages-réservoirs ont été réalisés pour stocker les eaux de pointe de la crue. En 1902, le premier barrage d'Assouan avait déjà une capacité de 5,3 km3. Et, d'une certaine façon, le haut barrage qui est venu le remplacer à partir de 1972 répond à une préoccupation identique.

Ce formidable chantier a procuré à l'Egypte et à son agriculture le moyen de développer des cultures commerciales. Au blé, à l'orge ou au dourah, le blé de Turquie, sont venus s'ajouter le riz, l'arachide, les plantes tinctoriales comme la garance, l'indigo, et les plantes textiles en tête desquelles il faut citer le coton. Puis, la canne à sucre et les légumineuses ont complété cette riche panoplie agricole. La maîtrise des eaux a entraîné un spectaculaire mouvement de conquête du sol. Un peu partout, mais en particulier dans le centre et le nord du Delta, de vastes étendues encore sauvages il y a un siècle ont été mises en valeur.

Il a fallu accompagner ces conquêtes par de profondes transformations du régime foncier. Le cadastre a été modifié. La propriété privée du sol s'est développée dans un pays depuis longtemps accoutumé à un régime collectif villageois. En 1950, les propriétés de plus de 21 hectares couvraient le tiers de la surface cultivable.


L'habitat

L'habitat lui aussi a évolué. À un pointillé de bourgades agricoles a succédé l’éparpillement d'un habitat dispersé, primaire dans le Delta et s'intercalant entre les vieux villages dans la vallée.


Vers l'agriculture commerciales

Petit à petit, les cultures commerciales ont pris le pas sur les cultures vivrières de jadis. Le coton est devenu la production prépondérante. Sa culture couvre aujourd'hui 700 000 hectares. L'Egypte, qui a longtemps trouvé en lui sa seule véritable marchandise d'exportation, en produit 500 000 tonnes provenant surtout de la Moyenne Vallée et de la Basse-Egypte. Le coton égyptien est d'ailleurs connu pour son excellente qualité.

Parallèlement, la hiérarchie des cultures vivrières s'est transformée. Le blé a reculé, et l'Egypte, qui s'auto-suffisait jadis, est devenue à présent un gros importateur. En revanche, le riz a progressé, grâce à des cultures pionnières installées sur des terres neuves, au nord du Delta. Par chance, le riz s'adapte bien aux sols salés de ces terres proches de la mer. L'agriculture égyptienne a vu apparaître le maïs, qui est maintenant cultivé en grand dans le centre du Delta et dans la Moyenne-Egypte. Tandis que le sorgho prend mieux dans le sud du pays.

Par voie de conséquence, l'irrigation pérenne a ouvert l'Egypte au commerce international.

Cette révolution agricole n'a cependant pas été sans répercussions négatives. Privés de l'entretien naturel que procurait la jachère et de l'enrichissement qu'apportaient les limons de la crue, les sols perdent peu à peu leur fertilité. Impossible de la conserver sans apporter des quantités croissantes d'engrais chimiques. Mais, à leur tour, ces apports perturbent dangereusement l'équilibre biologique affecté par les cultures ininterrompues. Les parasites prolifèrent. Le sel contenu dans le sol remonte avec les rinçages de l'irrigation. Les fellahs gémissent devant ces nouvelles calamités qui justifient trop les vieilles superstitions. C'est Yafarit, le mauvais œil, qui sévit sur la campagne.

Quant à la réforme agraire — en deux étapes, 1952 et 1961 —, elle a démantelé les propriétés de plus de 42 hectares. Le gouvernement a ainsi redistribué environ 10% du sol cultivable. 225 000 familles ont bénéficié de cette opération. Mais que représente ce chiffre par rapport aux quelque 15 millions de paysans sans terre que compte le pays ?

Les spécialistes de l'O.N.U. ont calculé que, même en redistribuant de façon égalitaire toute la surface cultivable entre tous les paysans égyptiens, cette action ne permettrait pas de leur assurer un niveau de vie décent si l'on maintient le système de culture actuel.

On estime aujourd'hui que l'expansion du sol cultivable a atteint ses limites en Egypte. Dans ces conditions, la seule solution possible pour l'agriculture égyptienne, face à une démographie galopante, consisterait à la réorienter de fond en comble. Il faudrait abandonner les vieilles cultures et les vieilles méthodes pour se tourner vers des cultures hautement valorisées. Par ce vocable, il faut entendre des cultures maraîchères ou fruitières. Curieusement, jusqu'ici, ni les unes ni les autres ne sont très répandues et leur territoire se limite au voisinage des grandes villes-Bref, la solution, la seule, consisterait à transformer l'Égypte en une gigantesque huerta.





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