Réparations et rénovations de la Statue de la Liberté

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Réparations et rénovations de la Statue de la Liberté


Si il y a bien une constante dans l'histoire de la statue de la liberté, c'est bien l'acharnement qu'ont mis les responsables à ne pas l'entretenir. Ce monument qui nous parait si important de nos jours ne l'a pas toujours été, et si on peut trouver des raisons à son abandon dans les premières années il est plus difficile d'accepter que Miss Liberty n'ai pas reçu les réparations nécessaires en temps et en heure les années suivantes. En fait la statue n'a reçu que deux grandes rénovations : En 1936, avant la cérémonie du cinquantenaire, et en 1986, pour son centenaire. Entre les deux, il n'y eu que quelques améliorations que l'on pourrait qualifier de "cosmétique".


1886-1937 : Les premières années

Les raisons de l'abandon

Reprenons le fil de l'histoire en 1886. La statue de la Liberté vient tout juste d'être inaugurée, les américains sont dans l'euphorie du spectacle qu'elle procure. Mais elle n'avait pas été choisi par les américains, elle n'était qu'un don de la France aux Etats-Unis. Or, ce don s'arrêtait à son édification, même le socle était à la charge des Américains. Quant à l'entretien, on n'en parlait même pas. Mais une fois en place, il fallait bien que quelqu'un se décide à l'entretenir, au risque de la voir s'effondrer. Qui devait s'y atteler ?

Le terrain sur lequel elle était construite, l'île Bedloe, était un terrain militaire, il semblait donc normal que se soit l'armée qui prenne en charge les travaux de maintenance. Mais la statue avait aussi une fonction pratique, la torche était un véritable phare - peu efficace - mais à ce titre elle fut donnée au Service National des Phares, qui devait donc en assumer la charge. Et pour couronner le tout, le comité américain qui était à l'origine de la levée de fonds pour l'édification du piédestal, le comité qui servait d'interlocuteur aux Français, avait prit en charge les visites de l'île, elle exploitait les ferries qui reliaient Manhattan à Bedloe's island. Trois organismes très différents les uns des autres, trois organismes n'ayant pas les mêmes buts : Il n'en fallait pas plus pour qu'aucun des trois ne prenne la responsabilité des travaux.


La lutte de Pulitzer

C'est encore unefois Joseph Pulitzer, rédacteur en chef du journal "World", qui demanda à travers ses articles que l'île Bedloe devienne une sorte de sanctuaire. Il dû faire pression sur l'opinion politique pour que le centre de rétention temporaire des immigrants aux Etats-Unis ne soit pas construit sur cette île mais un peu plus loin, ce qui sera le cas puisqu'il sortit de terre sur Ellis island, à 750m plus au Nord. L'idée de Pulitzer était d'aménager l'île pour en faire un lieu de repos, de promenade. Or aux Etats-Unis, le problème essentiel est qu'on ne dépense que très peu d'argent public pour ce genre de choses, surtout à l'époque. Les politiques refusèrent de fournir une enveloppe pour l'aménagement de l'île, surtout que la statue était encore perçu pour quelques années comme le symbole de la liberté des migrants, ces derniers étant de nouveau mal vu aux Etats-Unis, un peu comme à chaque vague d'immigration dans un pays. Les Américains ne voyaient donc pas d'un très bon oeil la mise en valeur de cette statue qui leur a été imposé et qu'ils n'auraient certainement pas eu l'idée de construire eux.

Ce n'est au début du XXe siècle qu'eu lieu la première réparation. Les rapports devenaient alarmant, la statue menaçait de s'effondrer. L'intérieur de la statue fut repeinte, et le socle reçu une nouvelle couche de granit. D'autres aménagements furent faits, avec l'édification d'un nouveau quai par exemple. Ces rénovations furent financés par des deniers publics dont le montant était dérisoire, mais qui permettait quand même de faire quelques travaux. D'ailleurs c'est à cette époque que fut installé le premier ascenseur du bâtiment, un élément très moderne pour l'époque.

D'autres réparations ont dû être faites pendant la première guerre mondiale, suite à l'explosion du dépôt de munitions de Jersey City le 30 juillet 1916. Une centaine de rivets avaient lâché, des plaques avaient bougé. Les vitres de la couronne s'étaient brisées, également. L'ensemble de ces réparations coûta 100 000 dollars, une somme importante pour l'époque.


Le phare de la statue de la Liberté

La statue de la Liberté tient une torche à la main gauche, dans l'esprit d'Auguste Bartholdi, elle devait être réelle, c'est à dire éclairer de façon à diriger les bateaux vers le port de New-York. Le problème était que la lumière qu'elle produisait était très faible, elle était atténuée par les plaques de cuivre, et tout ce qu'elle pouvait faire, s'était attirer continuellement une nuée d'oiseaux qui finalement dépareillait la statue. Finalement il fallut la changer, et c'est encore Joseph Pulitzer qui proposa un marché avec le Congrés, en 1915 : Il se chargeait de trouver 30 000 $ auprès de ses lecteurs si le Congrès mettait également 30 000 $. Avec les deux sommes il y avait de quoi remplacer la torche par un vrai phare puissant et même éclairer la statue elle-même. Ainsi fut fait et grace à une nouvelle levée de fond des lecteurs du "World", la statue servit de véritable phare dès 1916. Il parait que la cérémonie fut étonnante.

Malheureusement l'environnement difficile de la statue ne jouait pas en sa faveur, et en 1920 il fallut à nouveau financer des travaux de réparations des éclairages, devenus grandement inefficaces.


Les premiers vrais travaux

Les travaux de réparation, en 1938

Les travaux de réparation, en 1938

Il a fallut attendre 1936 pour qu'interviennent les premiers vrais travaux sur la statue de la Liberté depuis son érection. A cette époque l'immigration n'était plus vue comme un handicap car elle s'était considérablement réduite, les Américains ne voyaient donc pas en elle un symbole des masses européennes venant envahir le nouveau continent - comme ça a été le cas précédemment - mais un symbole de la grandeur des Etats-Unis. Il fallait donc l'entretenir car ne pas le faire correspondrait à perdre un peu du lustre dont se targue ce peuple si fier. Qui plus est l'administration de l'époque, sous le gouvernement Roosvelt, était plus encline que les précédentes à délivrer - un peu - de la préciseuse manne financière publique pour rénover une statue qu'ils estimaient être de droit privé. Des travaux d'envergures furent donc lancés.

Tout d'abord l'île fut aménagée. Il faut savoir que jusqu'en 1937 Bedloe's island était un terrain militaire sur lequel avait été construit un ensemble particulièrement triste de bâtiments plus ou moins touristiques. Les conditions de visite était déplorables, peu de personnes acceptaient de venir jusqu'aux pieds de la statue. En 1937 l'île fut cédée au National Park Service, qui avait reçu récemment les monuments des Etats-Unis. Entre 1937 et 1941 c'est près 1 million et demi de dollars qui furent englouti dans la construction d'une digue tout autour de l'île, la destruction des bâtiments insalubres, la construction d'un nouveau quai, et surtout dans le remplacement de grandes parties de la structure en fer de Gustave Eiffel, des poutrelles qui avaient rouillées faute d'entretien régulier. Dans le socle l'ascenseur menaçait d'arrêter de fonctionner, l'escalier, qui était en fonte, avait de nombreuses marches decellées et l'étanchéité du toit du socle était à refaire. Tous ces travaux étaient financés par l'effort du New Deal, un terme générique ayant apporté de nombreux emplois auprès d'une population menaçée par le chomage, le tout sur les deniers publics.

L'ensemble de ces travaux durèrent de 1937 à 1941 et reprirent après la seconde guerre mondiale, en 1945. Ils se poursuivirent quelques temps et furent stoppés faute de financement, mais le gros de travaux restaient encore à faire, un travail que personne n'avait vraiment envisagé jusqu'à présent : Il fallait refaire complètement la structure en fer d'Eiffel, de A à Z. Ce ne fut tout simplement pas fait.


1884-1886 : La rénovation du centenaire

A nouveau abandonnée, la statue de la Liberté perdit à nouveau de son lustre. Si les visiteurs se faisaient de plus en plus nombreux, les conditions d'accueil se sont à nouveau dégradées rapidement. Les années d'après-guerre n'ont pas magnifiées la statue, c'est le moins qu'on puisse dire.

Par contre, l'année 1986 arrivait à grand pas, l'année du centenaire de la statue devait être naturellement une grande fête, mais comment fêter la Liberté avec une statue n'ayant pas été rénovée réellement en 100 ans ? La demande de rénovation fut portée préventivement par une association de plusieurs personnalités, des ressortissants français et américains, tous oeuvrant dans le domaine de la sculpture, de l'architecture, des ingénieurs techniques, des ouvriers spécialistes dans le travail du cuivre, etc. Ces personnes firent en état des lieux assez alarmant de la situation de Miss Liberty et demandèrent des travaux d'urgence.

Le premier problème était réccurent : Il fallait faire face à la levée de fond. si pour les français ça parait étonnant, car de tels travaux seraient, en France, financés par l'Etat, pour les américains il en est tout autrement : Ces ressources ne peuvent provenir de dons publics, il faut forcément faire intervenir des privés pour financer les travaux. Et c'est ce qui sera fait pendant quelques années durant lesquels les Américains seront encouragés à donner, même de petites sommes, pour la rénovation de la statue de la Liberté. Les responsables de la levée de fond distribuèrent également de nombreuses licences d'exploitation commerciales, ce qui fit dire aux détracteurs de la méthode que la statue n'était devenu qu'une gigantesque publicité pour tout un tas de produits divers. Mais les faits furent là : La levée de fond fut suffisante pour faire les travaux, réhabiliter Liberty island et même financer la reconstruction d'Ellis island et son musée de l'immigration.


Les travaux

Très vite les français furent écartés du projet : Ils n'avaient pas la même conception du travail que leurs homologues. Ils étaient plus dans l'oeuvre artistique, la nécessité de reproduire exactement la statue originale quand les Américains étaient plus pragmatiques, n'hésitant pas à sacrifier une - petite - partie de l'esthétique pour se simplifier les travaux techniques. Vu que le financement était 100% Américains ces derniers en profitèrent pour évincer définitivement les Français.

Les travaux portèrent sur un grand nombre de points. Les plus importants étaient sans nul doute la rénovation de la structure interne d'Eiffel, les poutrelles en fer forgée étant rongées par la rouille. Toutes les poutrelles furent remplacées une à une par d'autres en acier inoxydable, plus résistantes. Le vieil escalier qui mençait de s'effondrer - il n'avait pas été prévu pour accueillir du public - fut remplacé par deux autres, modernes, un pour la montée, l'autre pour la descente. Plus problèmatique, il fallut aussi changer les mécanismes d'accroche des plaques de cuivre aux poutrelles de fer. Ces mécanismes étaient des barres de fer en U d'un côté fixé aux poutrelles, de l'autre à un crochet en cuivre riveté sur la plaque. Cette forme de U permettait une légère souplesse de la statue qui peut osciller dans les vents violents qu'elle subit. Mais c'est aussi un problème car le cuivre en contact avec le fer, si il y a un catalyseur comme l'air marin, provoque des arcs électriques qui furent éviter par l'adjonction de petites feuilles d'amiante. Or, en 1986, l'amiante était déjà considérée, aux Etats-Unis, comme un puissant cancérigène. Il fallut donc travailler dans des conditions difficiles pour retirer ces feuilles et les remplacer par d'autres mécanismes moins dangereux.

Les travaux portèrent aussi sur l'enveloppe extérieur de la statue. La patine verte qu'elle avait pris n'étaient pas uniforme. La statue était fortement tachée sur la partie Nord à cause de la fumée, des polluants de l'air et de l'humidité. Il fallut la nettoyer mais avec précaution car il ne fallait pas abîmer la couleur, qui mettrait des années à se reconstituer. En parlant de couleur, de nombreux rivets durent être changés, ils étaient devenus trop fragile ou ils avaient tout simplement disparus. Là aussi ils furent remplacés par des rivets neufs, mais pré-oxydés, pour éviter que la couleur orangée naturelle du cuivre de ces rivets ne se voit sur l'enveloppe extérieur de la statue, ce qui lui aurait donné l'impression d'avoir des petits boutons rouges...

L'intérieur de la statue est sûrement la partie qui a le plus été travaillé. Lors de sa construction Auguste Bartholdi à recouvert l'intérieur d'une épaisse couche de goudron, pour éviter qu'elle ne n'oxyde. Cent ans plus tard, la couche était largement ébréchée, mais là où elle tenait, elle était très difficile à retirer. Les ouvriers utilisèrent un produit qui, au contact de l'air marin, se transforma en liquide bleue, ce qui n'aurait pas été un problème si ce liquide n'avait pas coulé entre les bords des plaques de cuivre, le faisait apparaître à l'extérieur. Ces grosses taches bleues durent être lavées elles aussi, mais avec un produit spécial pour ne pas aîmer la statue. Toute une technique...

Vint ensuite le problème de la torche. La torche originale était faite d'un treillis métallique remplis par des plaques de verre. Elle devait initialement être éclairée, ce qui fut fait mais de façon efficace qu'en 1936. Mais avec le temps les intempéries avaient fait sauter un grand nombre de carreaux, l'eau pénétrait à l'intérieur du bras puis descendait dans la statue, il fallait absolument remplacer la torche elle-même. Le choix fut fait de la refaire différemment. C'est d'ailleurs une équipe française qui l'a faite, des spécialistes du cuivre repoussés, comme Bartholdi, qui assumèrent la construction de A à Z, y compris la dorure. Finie, cette nouvelle torche ressemblait à l'ancienne par sa forme mais elle était de conception totalement différente. Une copie de cette torche se trouve d'ailleurs à Paris, au-dessus du pont de l'Alma.

Une autre question restait en suspend : Que faire de l'inclinaison incorrect du bras tendu de la statue ? Car c'était bien connu, il y a un raté dans la communication entre le sculpteur, Auguste Bartholdi, et le concepteur de la structure interne Gustave Eiffel. Les plans de la statue évoluèrent sans qu'Eiffel ne soit au courant, ce qui fit que la statue était sensée avoir son bras plus proche de la tête de 60cm, la structure interne étant en porte-à-faux depuis 100 ans. Les ingénieurs devaient-ils décaler le bras, pour rendre la statue conforme à ce qu'elle devait être initialement ou devaient-ils rectifier la structure interne ? C'est ce dernier choix qui fut fait, pour ne pas modifier la forme de la statue. Et puis, même si c'était plus difficile, c'était aussi plus logique.

Enfin les travaux portèrent sur l'accès à la statue, qui n'avait initialement pas été prévu pour accueillir du public. Le fort Wood fut aménagé pour offrir aux visiteurs une meilleure prise en charge de leurs visites, l'île fut réaménagée, un nouveau ponton fut fabriqué, mais les principaux travaux eurent lieux dans le socle de la statue. L'ancien escalier en bois fut démonté et remplacé par un autre escalier large, l'ascenseur fut remplacée, et le sommet du socle fut remplacé par un plafond de verre pour permettre la vue sur l'intérieur de la statue, pour voir sa structure interne. C'est de là que part l'escalier menant à la couronne. Enfin les balcons furent réaménagés pour permettre une meilleure circulation des touristes.



Tous ces travaux furent les premiers réellement faits sur la statue de la Liberté en 100 ans. Cette statue, cadeau de la France aux Etats-Unis, n'avait jamais vraiment été prise en charge par les Américains jusqu'à ce jour. Et il faut bien dire que le jour de la cérémonie du centenaire Miss Liberty avait retrouvé son lustre d'antan.


Voir aussi : Histoire de la statue de la Liberté





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